LE LIÈVRE ET LA PERDRIX
Il ne se faut jamais moquer des misérables: Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux? Le sage Ésope dans ses fables Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu'en ces vers je propose, Et les siens, ce sont même chose.
Le lièvre et la perdrix, concitoyens d'un champ, Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille;
Quand une meute s 'approchant Oblige le premier à chercher un asile:
Il s'enfuit dans son fort, met les chiens en défaut,
Sans même en excepter Brifaut.
Enfin il se trahit lui-même Par les esprits sortant de son corps échauffé. Mirant, sur leur odeur ayant philosophé. Conclut que c'est son lièvre, et d'une ardeur
extrême Il le pousse; et Rustaut, qui n'a jamais menti.
Dit que le lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.
La perdrix le raille, et lui dit:
Tu te vantais d'être si vite !
Qu'as-tu fait de tes pieds? Au moment qu'elle rit, Son tour vient, on la trouve. Elle croit que ses ailes La sauront garantir à toute extrémité:
Mais la pauvrette avait compté
Sans l'autour aux serres cruelles.
l'aigle et le hibou
L'aigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent, Et firent tant qu'ils s'embrassèrent.
L'un jura foi de roi, l'autre foi de hibou,
Qu'ils ne se goberaient leurs petits peu ni prou.
Connaissez-vous les miens ? dit l'oiseau de Minerve.
Non, dit l'aigle. Tant pis, reprit le triste oiseau: Je crains en ce cas pour leur peau; C'est hasard si je les conserve.
Comme vous êtes roi, vous ne considérez
Qui ni quoi: rois et dieux mettent, quoi qu'on leur die.
Tout en même catégorie.
Adieu mes nourrissons, si vous les rencontrez.
Peignez-les-moi, dit l'aigle, ou bien me les montrez ; Je n'y toucherai de ma vie.
Le hibou repartit : Mes petits sont mignons.
Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons :
Vous les reconnaîtrez sans peine à cette marque.
N'allez pas l'oublier: retenez-la si bien Que chez moi la maudite parque N'entre point par votre moyen.
Il avint qu'au hibou Dieu donna géniture.
De façon qu'un beau soir, qu'il était en pâture, Notre aigle aperçut, d'aventure, Dans les coins d'une roche dure.
Ou dans les trous d'une masure, (Je ne sais pas lequel des deux).
De petits monstres fort hideux,
Rechignes, un air triste, une voix de Mégère.