LIVRE CINQUIÈME
Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie;
Et, de peur de supercherie, Le tourne, le retourne, approche son museau,
Flaire aux passages de l'haleine.
C'est, dit-il, un cadavre; ôtons-nous, car il sent. A ces mots, l'ours s'en va dans la forêt prochaine. L'un de nos deux marchands de son arbre descend. Court à son compagnon, lui dit que c'est merveille Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal. Eh bien, ajouta-t-il, la peau de l'animal?
Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ?
Car il t'approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
Il m'a dit qu'il ne faut jamais Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.
l'Âne vêtu de la peau du lion De la peau du lion l'âne s'étant vêtu
Était craint partout à la ronde ;
Et, bien qu'animal sans vertu.
Il faisait trembler tout le monde.
Un petit bout d'oreille échappé par malheur
Découvrit la fourbe et l'erreur.
Martin fit alors son office.
Ceux qui ne savaient pas la ruse et la malice
S'étonnaient de voir que Martin
Chassât les lions au moulin.
Force gens font du bruit en France Par qui cet apologue est rendu familier.
Un équipage cavalier
Fait les trois quarts de leur vaillance.