‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 115 sur 318 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Ces enfants ne sont pas, dit l'aigle, à notre ami : Croquons-les. Le galant n'en fit pas à demi; Ses repas ne sont point repas à la légère. Le hibou, de retour, ne trouve que les pies De ses chers nourrissons, hélas! pour toute chose. Il se plaint ; et les dieux sont pair lui suppliés De punir le brigand qui de son deuil est cause. Quelqu'un lui dit alors: N'en accuse que toi. Ou plutôt la commune loi Qui veut qu'on trouve son semblable Beau, bien fait, et sur tous aimable.

Tu fis de tes enfants à l'aigle ce portrait : En avaient-ils le moindre trait ?

LE LION s'en allant EN GUERRE

Le lion dans sa tête avait une entreprise : Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts,

Fit avertir les animaux.

Tous furent du dessein, chacun selon sa guise:

L'éléphant devait sur son dos

Porter l'attirail nécessaire.

Et combattre à son ordinaire ;

L'ours s'apprêter pour les assauts ; Le renard ménager de secrètes pratiques ; Et le singe amuser l'ennemi par ses tours. Renvoyez, dit quelqu'un, les ânes, qui sont lourds, Et les lièvres, sujets à des terreurs paniques. Point du tout, dit le roi; je les veux employer: Notre troupe sans eux ne serait pas complète. L'âne effraîra les gens, nous servant de trompette; Et le Hèvre pourra nous servir de courrier.

Le monarque prudent et sage De ses moindres sujets sait tirer quelque usage.

Et connaît les divers talents.

Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.

l'ours et les deux compagnons Deux compagnons, pressés d'argent, A leur voisin fourreur vendirent La peau d'un ours encore vivant, Mais qu'ils tûraient bientôt, du moins à ce qu'ils

dirent.

C'était le roi des ours: au compte de ces gens Le marchand à sa peau devait faire fortune ; Elle garantirait des froids les plus cuisants. On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut prisait moins ses moutons, qu'eux leur

ours:

Leur, à leur compte, et non à celui de la bête. S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours, Ils conviennent de prix, et se mettent en quête, Trouvent l'ours qui s'avance et vient vers eux au

trot.

Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marché ne tint pas, il fallut le résoudre: D'intérêts contre l'ours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux compagnons grimpe au faîte d'un arbre ; L'autre, plus froid que n'est un marbre. Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent, Ayant quelque part ouï dire Que l'ours s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire. Seigneur ours, comme un sot, donna dans ce panneau :

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