‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 128 sur 318 · LE LIÈVRE ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Rien ne sert de courir: il faut partir à point. Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.

Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. Sitôt! êtes-vous sage ?

Repartit l'animal léger:

Ma commère, il vous faut purger

Avec quatre grains d'ellébore.

Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait; et de tous deux

On mit près du but les enjeux. *^^

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,

Ni de quel juge l'on convint.

Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire; J'entends de ceux qu'il fait lorsque, près d'être

atteint, Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,

Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la tortue

Aller son train de sénateur.

Elle part, elle -'évertue:

Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire.

Tient la gageure à peu de gloire,

Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. Il broute, il se repose,

Il s'amuse à tout autre chose

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