LE LIÈVRE ET LA TORTUE
Rien ne sert de courir: il faut partir à point. Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. Sitôt! êtes-vous sage ?
Repartit l'animal léger:
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait; et de tous deux
On mit près du but les enjeux. *^^
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire; J'entends de ceux qu'il fait lorsque, près d'être
atteint, Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la tortue
Aller son train de sénateur.
Elle part, elle -'évertue:
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire.
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à tout autre chose