‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 129 sur 318 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, Il partit comme un trait. Mais les élans qu'il fit Furent vains : la tortue arriva la première. Hé bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?

De quoi vous sert votre vitesse ?

Moi l'emporter ! et que serait-ce

Si vous portiez une maison ?

l'âne et ses maîtres

L'ÂNE d'un jardinier se plaignait au Destin De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. Les coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin,

Je suis plus matineux encore.

Et pourquoi? pour porter des herbes au marché! Belle nécessité d'interrompre mon somme!

Le Sort, de sa plainte touché.

Lui donne un autre maître; et l'animal de somme Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur. La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente bête. J'ai regret, disait-il, à mon premier seigneur:

Encore, quand il tournait la tête.

J'attrapais, s'il m'en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtait

rien :

Mais ici point d'aubaine; ou, si j'en ai quelqu'une. C'est de coups. Il obtint changement de fortune ;

Et sur l'état d'un charbonnier

Il fut couché tout le dernier.

Autre plainte. Quoi donc! dit le Sort en colère.

Ce baudet-ci m'occupe autant Que cent monarques pourraient faire!

Croit -il être le seul qui ne soit pas content ? N'ai-je en l'esprit que son affaire?

Le Sort avait raison. Tous gens sont ainsi faits : Notre condition jamais ne nous contente;

La pire est toujours la présente.

Nous fatiguons le ciel à force de placets. Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête,

Nous lui romprons encore la tête.

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