‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 146 sur 318 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Monsieur court, monsieur se repose.

Elle en dit tant, que monsieur à la fin.

Lassé d'entendre un tel lutin,

Vous la renvoie à la campagne Chez ses parents. La voilà donc compagne De certaines Phyllis qui gardent les dindons

Avec les gardeurs de cochons.

Au bout de quelque temps qu'on la crut adoucie. Le mari la reprend. Eh bien, qu'avez-vous fait?

Comment passiez-vous votre vie ?

L'innocence des champs est-elle votre fait?

Assez, dit-elle : mais ma peine Était de voir les gens plus paresseux qu'ici ;

Ils n'ont des troupeaux nul souci. Je leur savais bien dire, et m'attirais la haine

De tous ces gens si peu soigneux.

Eh! madame, reprit son époux tout à l'heure.

Si votre esprit est si hargneux

Que le monde qui ne demeure Qu'un moment avec vous, et ne revient qu'au soir,

Est déjà lassé de vous voir.

Que feront des valets qui, toute la journée.

Vous verront contre eux déchaînée?

Et que pourra faire un époux Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous ? Retournez au village ; adieu. Si de ma vie

Je vous rappelle, et qu'il m'en prenne envie, Puissé-je chez les morts avoir, pour mes péchés. Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés !

igo FABLES DE LA FONTAINE

LE RAT QUI s'est RETIRÉ DU MONDE

Les Levantins en leur légende Disent qu'un certain rat, las des soins d'ici-bas.

Dans un fromage de Hollande

Se retira loin du tracas.

La solitude était profonde,

S'étendant partout à la ronde.

Notre ermite nouveau subsistait là-dedans.

Il fit tant, de pieds et de dents, ■Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ? Il devint gros et gras: Dieu prodigue ses biens

A ceux qui font vœu d'être siens.

Un jour, au dévot personnage

Des députés du peuple rat S'en vinrent demander quelque aumône légère:

Ils allaient en terre étrangère Chercher quelque secours contrer le peuple chat ;

Ratopolis était bloquée:

On les avait contraints de partir sans argent.

Attendu l'état indigent

De la république attaquée.

Ils demandaient fort peu, certains que le secours

Serait prêt dans quatre ou cinq jours.

Mes amis, dit le solitaire, Les choses d'ici-bas ne me regardent plus:

En quoi peut un pauvre reclus

Vous assister? que peut-il faire, -Que de prier le ciel qu'U vous aide en ceci ? J'espère qu'il aura de vous quelque souci.

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