‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 147 sur 318 · LE HÉRON · texte numérisé non relu

LE HÉRON

Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou:

Il côtoyait une rivière.

L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux;

jours; Ma commère la carpe y faisait mille tours

Avec le brochet son compère.

Le héron en eût fait aisément son profit : Tous approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à prendre.

Mais il crut mieux faire d'attendre

Qu'il eût un peu plus d'appétit ; Il vivait de régime, et mangeait à ses heures. Après quelques moments, l'appétit vint: l'oiseau,

S 'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas; il s'attendait à mieux.

Et montrait un goût dédaigneux

Comme le rat du bon Horace :

Moi, des tanches! dit-il: moi, héron, que je fcisse Une si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on ? La tanche rebutée il trouva du goujon.

Du goujon! c'est bien là le dîner d'un héron!

J 'ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise !

Il l'ouvrit pour bien moins ; tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit: il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants, ce sont les plus habiles : On hasarde de perdre en voulant trop gagner. ^

Gardez-vous de rien dédaigner, H

Surtout quand vous avez à peu près votre compte. " Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons Que je parle: écoutez, humains, un autre conte; Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.

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