LIVRE SEPTIÈME
C'est un torrent: qu'y faire? il faut qu'il ait son cours :
Cela fut et sera toujours.
Une femme, à Paris, faisait la pythonisse. Gn Fallait consulter sur chaque événement: Perdait-on un chiffon, avait-on un amant, Un mari vivant trop au gré de son épouse ; Une mère fâcheuse, une femme jalouse;
Chez la devineuse on courait Pour se faire annoncer ce que l'on désirait.
Son fait consistait en adresse :
Quelques termes de 'l'art, beaucoup de hardiesse. Du hasard quelquefois, tout cela concourait, Tout cela, bien souvent, faisait crier miracle. Enfin, quoiqu'ignorante à vingt et trois carats,
Elle passait pour un oracle.
L'oracle était logé dedans un galetas :
Là, cette femme emplit sa bourse ;
Et, sans avoir d'autre ressource.
Gagne de quoi donner un rang à son mari ; Elle achète un office, une maison aussi.
VoUà le galetas rempli D'une nouvelle hôtesse, à qui toute la ville, Femmes, filles, valets, gros messieurs, tout enfin, AUait, comme autrefois, demander son destin ; Le galetas devint l'antre de la Sibylle : L'autre femelle avait achalandé ce lieu. Cette dernière femme eut beau faire, eut beau dire. Moi devine! on se moque! eh! messieurs, sais-je
lire?
Je n'ai jamais appris que ma croix de par Dieu. Point de raison: fallut deviner et prédire,
Mettre à part force bons ducats,
Et gagner, malgré soi, plus que deux avocats. Le meuble et l'équipage aidaient fort à la chose ; Quatre sièges boiteux, un manche de balai, Tout sentait son sabbat et sa métamorphose. Quand cette femme aurait dit vrai Dans une chambre tapissée.
On s'en serait moqué: la vogue était passée Au galetas, il avait le crédit.
L'autre femme se morfondit.
L'enseigne fait la chalandise.
J 'ai vu dans le palais une robe mal mise
Gagner gros: les gens l'avaient prise Pour maître tel, qui traînait après soi Force écoutants. Demandez-moi pourquoi.