‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 172 sur 318 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Tantôt plus, tantôt moins: le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes), Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours Qu'il faut chômer; on nous ruine en fêtes: L'une fait tort à l'autre; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône.

Le financier, riant de sa naïveté, Lui dit: Je vous veux mettre aujourd'hui sur le

trône. ,

Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin.

Pour vous en servir au besoin.

Le savetier crut voir tout l'argent que la terre

Avait, depuis plus de cent ans.

Produit pour l'usage des gens.

Il retourne chez lui: dans sa cave il enserre

L'argent, et sa joie à la fois.

Plus de chant : il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines

Le sommeil quitta son logis ;

Il eut pour hôtes les soucis,

Les soupçons, les alarmes vaines.

Tout le jour il avait l'œil au guet : et la nuit,

Si quelque chat faisait du bruit.

Le chat prenait l'argent. A la fin le pauvre

homme S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus: Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme;

Et reprenez vos cent écus.

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