‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 171 sur 318 · LE SAVETIER ET LE FINANCIER · texte numérisé non relu

LE SAVETIER ET LE FINANCIER

Un savetier chantait du matin jusqu'au soir:

C'était merveille de le voir, Merveille de l'ouïr: il faisait des passages.

Plus content qu'aucun des sept sages.

Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or.

Chantait peu, dormait moins encore :

C'était un homme de finance.

Si sur le point du jour parfois il sommeillait. Le savetier alors en chantant l'éveillait:

Et le financier se plaignait

Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir.

Comme le manger et le boire.

En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit: Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an? Par an! ma foi, monsieur,

Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte; et je n'entasse guère Un jour sur l'autre: il sufl&t qu'à la fin

J'attrape le bout de l'année.

Chaque jour amène son pain.

Eh bien, que gagnez-vous, dites-moi, par journée?

Page 1