LIVRE HUITIÈME
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour. Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle :
Un fleuve les arrête; et l'anguille en nageant.
Comme l'hirondelle en volant, Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle ?
Ce qu'elle fit ! un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi ! de contes d'enfants son peuple s'embarrasse ;
Et du péril qui le menace Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet! Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ?
A ce reproche l'assemblée.
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'orateur.
Un trait de fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athène en ce point; et moimême.
Au moment que je fais cette moralité, Si Peau-d'âne m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on : je le crois; cependant
Il le faut amuser encore comme un enfant.
l'homme et la puce
Par des vœux importuns nous fatiguons les dieux. Souvent pour des sujets même indignes des hommes : Il semble que le ciel sur tous tant que nous sommes Soit obligé d'avoir incessamment les yeux.
Et que le plus petit de la race mortelle, A chaque pas qu'il fait, à chaque bagatelle, Doive intriguer l'Olympe et tous ses citoyens, Comme s'il s'agissait des Grecs et des Troyens. Un sot par une puce eut l'épaule mordue. Dans les plis de ses draps elle alla se loger. Hercule, ce dit-il, tu devais bien purger La terre de cette hydre au printemps revenue! Que fais-tu, Jupiter, que du haut de la nue Tu n'en perdes la race afin de me venger?
Pour tuer une puce, il voulait obliger
Ces dieux à lui prêter leur foudre et leur massue.