‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 182 sur 318 · L OURS, ET L AMATEUR DES JARDINS · texte numérisé non relu

L OURS, ET L AMATEUR DES JARDINS

Certain ours montagnard, ours à demi léché, Confiné par le sort dans un bois solitaire, Nouveau Bellérophon, vivait seul et caché. Il fût devenu fou: la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.

Nul animal n'avait affaire

Dans les lieux que l'ours habitait ; Si bien que, tout ours qu'il était, Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie, Non loin de là certain vieillard S'ennuyait aussi de sa part.

Il aimait les jardins, -était prêtre de Flore,

Il l'était de Pomone encore.

Ces deux emplois sont beaux; mais je voudrais parmi

Quelque doux et discret ami.

Les jardins parlent peu, si ce n'est dans mon livre.

De façon que, lassé de vivre Avec des gens muets, notre homme, un beau matin. Va chercher compagnie, et se met en campagne. L'ours, porté d'un même dessein, Venait de quitter sa montagne.

Tous deux, par un cas surprenant.

Se rencontrent en un tournant.

L'homme eut peur: mais comment esquiver? et

que faire ?

Se tirer en Gascon d'une semblable affaire Est le mieux: il sut donc dissimuler sa peur.

L'ours, très mauvais complimenteur.

Lui dit: Viens-t'en me voir. L'autre reprit:

Seigneur, Vous voyez mon logis; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre

repas.

J'ai des fruits, j'ai du lait: ce n'est peut-être pas De nosseigneurs les ours le manger ordinaire; Mais j 'offre ce que j 'ai. L'ours l'accepte : et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver ; Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble:

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