‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 191 sur 318 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

De la chute d'une maison.

Aussitôt il quitta la ville, Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les

cieux.

Un aigle, qui portait en l'air une tortue, Passa par là, vit l'homme, et sur sa tête nue, Qui parut un morceau de rocher à ses yeux,

Étant de cheveux dépourvue.

Laissa tomber sa proie, afin de la casser: Le pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer.

De ces exemples il résulte Que cet art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux

Que craint celui qui le consulte :

Mais je l'en justifie, et maintiens qu'il est faux.

Je ne crois point que la Nature Se soit lié les mains et nous les lie encore ■•

Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort:

Il dépend d'une conjoncture

De lieux, de personnes, de temps, Non des conjonctions de tous ces charlatans. Ce berger et ce roi sont sous même planète; L'un d'eux porte le sceptre, et l'autre la houlette.

Jupiter le voulait ainsi.

Qu'est-ce que Jupiter? Un corps sans connaissance.

D'où vient donc que son influence Agit différemment sur ces deux hommes-ci ? Puis comment pénétrer jusques à notre monde? Comment percer des airs la campagne profonde? Percer Mars, le Soleil, et des vides sans fin ? Un atome la peut détourner en chemin : Où riront retrouver les faiseurs d'horoscope ?

L'état où nous voyons l'Europe

Mérite que du moins quelqu'un d'eux l'ait prévu: ■Que ne l'a-t-il donc dit ? Mais nul d'eux ne l'a su. L'immense éloignement, le point, et sa vitesse,

Celle aussi de nos passions.

Permettent-ils à leur faiblesse De suivre pas à pas toutes nos actions ? Notre sort en dépend; sa course entresuivie Ne va, non plus que nous, jamais d'un même pas:

Et ces gens veulent au compas

Tracer le cours de notre vie !

Il ne se faut point a.rrêter Aux deux faits ambigus que je viens de conter. Ce fils par trop chéri, ni le bon homme Eschyle, N'y font rien: tout aveugle et menteur qu'est cet

art, 11 peut frapper au but une fois entre mille;

Ce sont des effets du hasard.

l'âne et le chien

Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature.

L'âne un jour pourtant s'en moqua:

Et ne sais comme il y manqua;

Car il est bonne créature.

Il allait par pays, accompagné du chien,

Gravement sans songer à rien ;

Tous deux suivis d'un commun maître.

Ce maître s'endormit. L'âne se mit à paître:

Il était alors dans un pré

Dont l'herbe était fort à son gré.

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