‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 192 sur 318 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Point de chardons pourtant, il s'en passa pour

l'heure:

Il ne faut pas toujours être si délicat;

Et, faute de servir ce plat,

Rarement un festin demeure.

Notre baudet s'en sut enfin Passer pour cette fois. Le chien, mourant de faim, Lui dit: Cher compagnon, baisse-toi, je te prie. Je prendrai mon dîné dans le panier au pain. Point de réponse, mot : le roussin d'Arcadie

Craignit qu'en perdant un moment

Il ne perdît un coup de dent.

Il fit longtemps la sourde oreille:

Enfin il répondit: Ami, je te conseille D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ,v Car il te donnera sans faute à son réveil

Ta portion accoutumée:

Il ne saurait tarder beaucoup.

Sur ces entrefaites un loup Sort du bois, et s'en vient: autre béte affamée. L'âne appelle aussitôt le chien à son secours. Le chien ne bouge, et dit: Ami, je te conseille De fuir en attendant que ton maître s'éveille; Il ne saurait tarder : détale vite, et cours. Que si ce loup t'atteint, casse-lui la mâchoire; On t'a ferré de neuf: et, si tu me veux croire. Tu retendras tout plat. Pendant ce beau discours. Seigneur loup étrangla le baudet sans remède.

Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide.

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