‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 198 sur 318 · LE FAUCON ET LE CHAPON · texte numérisé non relu

LE FAUCON ET LE CHAPON

Une traîtresse voix bien souvent vous appelle;

Ne vous pressez donc nullement:

Ce n'était pas un sot, non, non, et croyez-m'en,

Que le chien de Jean de Nivelle.

Un citoyen du Mans, chapon de son métier,

Était sommé de comparaître

Pardevant les lares du maître, Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer. Tous les gens lui criaient, pour déguiser la chose, Petit, petit, petit; mais, loin de s'y fier, Le Normand et demi laissait les gens crier: Serviteur, disait-il, votre appât est grossier;

On ne m'y tient pas, et pour cause.

Cependant un faucon sur sa perche voyait

Notre Manseau qui s'enfuyait.

Les chapons ont en nous fort peu de confiance,

Soit instinct, soit expérience.

Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé, Devait, le lendemain, être d'un grand soupe, Fort à l'aise en un plat: honneur dont la volaille

Se serait passée aisément. L'oiseau chasseur lui dit: Ton peu d'entendement Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille. Gens grossiers, sans esprit, à qui l'on n'apprend

rien.

Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.

Le vois-tu pas à la fenêtre ?

Il t'attend: es-tu sourd? Je n'entends que trop

bien, Repartit le chapon : mais que me veut-il dire ? Et ce beau cuisinier armé d'un grand couteau ?

Reviendrais-tu pour cet appeau ?

Laisse-moi fuir; cesse de rire De l'indocilité qui me fait envoler Lorsque d'un ton si doux on s'en vient m'appeler.

Si tu voyais mettre à la broche

Tous les jours autant de faucons

Que j'y vois mettre de chapons, Tu ne me ferais pas un semblable reproche.

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