‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 199 sur 318 · LE CHAT ET LE RAT · texte numérisé non relu

LE CHAT ET LE RAT

Quatre animaux divers, le chat grippe-fromage, Triste oiseau le hibou, ronge-maille le rat.

Dame belette au long corsage.

Toutes gens d'esprit scélérat, Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage. Tant y furent, qu'un soir à l'éntour de ce pin L'homme tendit ses rets. Le chat de grand matin

Sort pour aller chercher sa proie.

Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne

voie Le filet; il y tombe, en danger de mourir: Et mon chat de crier, et le rat d'accourir; L'un plein de désespoir; et l'autre plein de joie. Il voyait dans les lacs son mortel ennemi.

Le pauvre chat dit: Cher ami.

Les marques de ta bienveillance

Sont communes en mon endroit:

Viens m'aider à sortir du piège où l'ignorance

M'a fait tomber. C'est à bon droit Que seul entre les tiens, par amour singulière, Je t'ai toujours choyé, t'aimant comme mes yeux. Je n'en ai point regret, et j 'en rends grâce aux dieux.

J'allais leur faire ma prière, Comme tout dévot chat en use les matins. Ce réseau me retient: ma vie est en tes mainS; Viens dissoudre ces nœuds. Et quelle récompense

En aurai-je? reprit le rat.

Je jure étemelle alliance

Avec toi, repartit le chat.

Dispose de ma griffe, et sois en assurance: Envers et contre tous je te protégerai;

Et la belette mangerai

Avec l'époux de la chouette :

Ils t'en veulent tous deux. Le rat dit: Idiot! Moi ton libérateur! je ne suis pas si sot.

Puis il s'en va vers sa retraite:

La belette était près du trou.

Le rat grimpe plus haut: il y voit le hibou. Dangers de toutes parts: le plus pressant l'emporte. Ronge-maille retourne au chat, et fait en sorte Qu'il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant

Qu'il dégage enfin l'hypocrite.

L'homme paraît en cet instant:

Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite. A quelque temps de là, notre chat vit de loin Son rat qui se tenait alerte et sur ses gardes : Ah! mon frère, dit-il, viens m'embrasser: ton soin

Me fait injure; tu regardes

Comme ennemi ton allié.

Penses-tu que j'aie oublié

Qu'après Dieu je te dois la vie?

Et moi, reprit le rat, penses-tu que j'oublie

Ton naturel ? Aucun traité Peut-il forcer un chat à la reconnaissance ?

S'assure-t-on sur l'alliance

Qu'a faite la nécessité?

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