L ÉDUCATION
Laridon et César, frères dont l'origine
Venait de chiens fameux, beaux, bien faits et
hardis, A deux maîtres divers échus au temps jadis, Hantaient, l'un les forêts, et l'autre la cuisine. Ils avaient eu d'abord chacun un autre nom :
Mais la diverse nourriture Fortifiant en l'un cette heureuse nature. En l'autre l'altérant, un certain marmiton
Nomma celui-ci Laridon.
Son frère a^'ant couru mainte haute aventure, Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, Fut le premier César que la gent chienne ait eu. On eut soin d'empêcher qu'une indigne maîtresse Ne fît en ses enfants dégénérer son sang. Laridon négligé témoignait sa tendresse
A l'objet le premier passant.
Il peupla tout de son engeance :
Tourne-broches par lui rendus communs en France Y font un corps à part, gens fuyant les hasards, Peuple antipode des Césars.
On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père: Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère. Faute de cultiver la nature et ses dons. Oh! combien de Césars deviendront Laridons!
LES DEUX CHIENS, ET l'ÂNE MORT
Les vertus devraient être sœurs,
Ainsi que les vices sont frères :
Dès que l'un de ceux-ci s'empare de nos cœurs. Tous viennent à la file, il ne s'en manque guères ; J'entends de ceux qui, n'étant pas contraires,
Peuvent loger sous même toit.
A l'égard des vertus, rarement on les voit Toutes en un sujet éminemment placées Se tenir par la main sans être dispersées. L'un est vaillant, mais prompt ; l'autre est prudent,
mais froid.
Parmi les animaux, le chien se pique d'être
Soigneux, et fidèle à son maître ;
Mais il est sot, il est gourmand:
Témoin ces deux mâtins qui, dans l'éloignement, Virent un âne mort qui flottait .sur les ondes. Le vent de plus en plus l'éloignait de nos chiens. Ami, dit l'un, tes yeux sont meilleurs que les miens, Porte un peu tes regards sur ces plaines profondes. J'y crois voir quelque chose. Est-ce un bœuf, un cheval ?