‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 204 sur 318 · DÉMOCRITE ET LES ABDÉRITAINS · texte numérisé non relu

DÉMOCRITE ET LES ABDÉRITAINS

Que j'ai toujours haï les pensers du vulgaire! Qu'il- me semble profane, injuste et téméraire, Mettant de faux milieux entre la chose et lui, Et mesurant par soi ce qu'il voit en autrui! Le maître d'Épicure en fit l'apprentissage.

Son pays le crut fou. Petits esprits! Mais quoi!

Aucun n'est prophète chez soi.

Ces gens étaient les fous, Démocrite le sage. L'erreur alla si loin, qu'Abdère députa

Vers Hippocrate, et l'invita,

Par lettres et par ambassade, A venir rétablir la raison du malade.

Notre concitoyen, disaient-ils en pleurant, Perd l'esprit : la lecture a gâté Démocrite. Nous l'estimerions plus s'il était ignorant. Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite:

Peut-être même ils sont remplis

De Démocrites infinis.

Non content de ce songe, il y joint les atomes. Enfants d'un cerveau creux, invisibles fantômes; Et mesurant les cieux sans bouger d'ici-bas. Il connaît l'univers, et ne se connaît pas. Un temps fut qu'il savait accorder les débats:

Maintenant il parle à lui-même.

Venez, divin mortel ; sa folie est extrême. Hippocrate n'eut pas trop de foi pour ces gens: Cependant il partit. Et voyez, je vous prie.

Quelles rencontres dans la vie Le sort cause! Hippocrate arriva dans le temps Que celui qu'on disait n'avoir raison ni sens

Cherchait, dans l'homme et dans la bête. Quel siège a la raison, soit le cœur, soit la tête. Sous un ombrage épais, assis près d'un ruisseau,

Les labyrinthes d'un cerveau L'occupaient. Il avait à ses pieds maint volume, Et ne vit presque pas son ami s'avancer.

Attaché selon sa coutume.

Leur compliment fut court, ainsi qu'on peut penser :

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