‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 210 sur 318 · LES DEUX PIGEONS · texte numérisé non relu

LES DEUX PIGEONS

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre.

L'un d'eux, s'ennuyant au logis, Fut assez fou pour entreprendre Un voyage en lointain pays.

L'autre lui dit: Qu'allez-vous faire?

Voulez-vous quitter votre frère ?

L'absence est le plus grand des maux:

Non pas pour vous, cruel! Au moins, que les travaux.

Les dangers, les soins du voyage.

Changent un peu votre courage.

Encor, si la saison s'avançait davantage! Attendez les zéphyrs : qui vous presse ? un corbeau Tout à l'heure annonçait malheur à quelque

oiseau.

Je ne songerai plus que rencontre funeste, Que faucons, que réseaux. Hélas! dirai-je, il pleut :

Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut, Bon soupe, bon gîte, e^ le reste ?

Ce discours ébranla le cœur De notre imprudent voyageur:

Mais le désir de voir et l'humeur inquiète

L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point : Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite: Je reviendrai dans peu conter de point en point

Mes aventures à mon frère; Je le désennuîrai. Quiconque ne voit guère N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint

Vous sera d'un plaisir extrême.

Je dirai: J'étais là; telle chose m 'avint:

Vous y croirez être vous-même.

A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne: et voilà qu'un nuage L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage. L'air devenu serein, il part tout morfondu, Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de

pluie ; Dans un champ à l'écart voit du blé répandu, Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie ; Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un lacs

Les menteurs et traîtres appâts. ■^-^^■--^-^ Le lacs était usé; si bien que, de son aile. De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin : Quelque plume y périt ; et le pis du destin Fut qu'un certain vautour à la serre crueUe Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelie/ Et les morceaux du lacs qui^l'avait attrapé.

Semblait un forçat échappé.

Le vautour s'en allait le lier, quand des nues Fond à son tour un aigle aux ailes étendues. Le pigeon profita du conflit des voleurs, S'envola, s'abattit auprès d'une masure.

Crut pour ce coup que ses malheurs

Finiraient par cette aventure:

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