‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 234 sur 318 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Et fait du miel de toute chose.

Ce fondement posé, ne trouvez pas mauvais Qu'en ces fables aussi j'entremêle des traits

De certaine philosophie,

Subtile, engageante, et hardie.

On l'appelle nouvelle. En avez-vous, ou non.

Ouï parler ? Ils disent donc

Que la bête est une machine ; Qu'en elle tout se fait sans choix et par ressorts; Nul sentiment, point d'âme, en elle tout est corps.

Telle est la montre qui chemine A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.

Ouvi"ez-la, lisez dans son sein:

Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde;

La première y meut la seconde, Une troisième suit; elle sonne à la fin. Au dire de ces gens, la bête est toute telle. ,

L'objet la frappe en un endroit:

Ce lieu frappé s'en va tout droit, Selon nous, au voisin en porter la nouvelle: Le sens de proche en proche aussitôt la reçoit. L'impression se fait. Mais comment se fait-elle ?

Selon eux, par nécessité,

Sans passion, sans volonté:

L'animal se sent agité De mouvements que le vulgaire appelle Tristesse, joie, amour, plaisir, douleur cruelle,

Ou quelque autre de ces états.

Mais ce n'est point cela: ne vous y trompez pas. Qu'est-ce donc ? Une montre. Et nous ? C'est

autre chose.

Voici de la façon que Descartes l'expose : Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu Chez les païens, et qui tient le milieu

Entre l'homme et l'esprit; comme entre l'huître

et l'homme Le tient tel de nos gens, franche bête de somme. Voici, dis-je, comment raisonne cet auteur. Sur tous les animaux, enfants du créateur. J'ai le don de penser; et je sais que je pense. Or, vous savez, Iris, de certaine science.

Que quand le bête penserait,

La bête ne réfléchirait

Sur l'objet ni sur sa pensée.

Descartes va plus loin, et soutient nettement

Qu'elle ne pense nullement.

Vous n'êtes point embarrassée De le croire; ni moi. Cependant, quand aux bois

Le bruit des cors, celui des voix, N'a donné nul relâche à la fuyante proie.

Qu'en vain elle a mis ses efforts

A confondre et brouiller la voie.

L'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors. En suppose un plus jeune, et l'oblige, par force, A présenter aux chiens une nouvelle amorce. Que de raisonnements pour conserver ses jours! Le retour sur ses pas, les malices, les tours.

Et le change, et cent stratagèmes Dignes des plus grands chefs, dignes d'un meilleur sort!

On le déchire après sa mort :

Ce sont tous ses honneurs suprêmes.

Quand la perdrix

Voit ses petits En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas. Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile.

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