‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 241 sur 318 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

On court, on s'assemble, on députe

A l'oiseau: Seigneur cormoran, D'où vous vient cet avis ? Quel est votre garant ?

Etes-vous sûr de cette affaire ?

N'y savez-vous remède ? Et qu'est-il bon de faire ? Changer de lieu, dit-il. — Comment le feronsnous ? — N'en soyez point en soin: je vous porterai tous.

L'un après l'autre, en ma retraite.

Nul que Dieu seul et moi n'en connaît les chemins :

Il n'est demeure plus secrète.

Un vivier que nature y creusa de ses mains,

Inconnu des traîtres humains,

Sauvera votre république.

On le crut. Le peuple aquatique

L'un après l'autre fut porté

Sous ce rocher peu fréquenté.

Là, cormoran le bon apôtre.

Les ayant mis en un endroit

Transparent, peu creux, fort étroit, Vous les prenait sans peine, un jour l'un, un jour l'autre.

Il leur apprit à leurs dépens Que l'on ne doit jamais avoir de confiance

En ceux qui sont mangeurs de gens.

Ils y perdirent peu, puisque l'humaine engeance En aurait aussi bien croqué sa bonne part. Qu'importe qui vous mange, homme ou loup? toute panse

Me paraît une à cet égard :

Un jour plus tôt, un jour plus tard,

Ce n'est pas grande difïérence.

l'enfouisseur et son compère

Un pincemaille avait tant amassé.

Qu'il ne savait où loger sa finance.

L'avarice, compagne et sœur de l'ignorance. Le rendait fort embarrassé Dans le choix d'un dépositaire ; Car il en voulait un, et voici sa raison. L'objet tente: il faudra que ce monceau s'altère

Si je le laisse à la maison; Moi-même de mon bien je serai le larron. — Le larron ! Quoi! jouir, c'est se voler soi-même ? Mon ami, j'ai pitié de ton erreur extrême.

Apprends de moi cette leçon :

Le bien n'est bien qu'en tant que l'on s'en peut

défaire ; Sans cela c'est un mal. Veux-tu le réserver Pour un âge et des temps qui n'en ont plus que

faire ?

La peine d'acquérir, le soin de conserver, Otent le prix à l'or qu'on croit si nécessaire.

Pour se décharger d'un tel soin.

Notre homme eût pu trouver des gens sûrs au

besoin ; Il aima mieux la terre : et prenant son compère. Celui-ci l'aide. Ils vont enfouir le trésor. Au bout de quelque temps l'homme va voir son or.

Il ne retrouva que le gîte.

Soupçonnant à bon droit le compère, il va vite ' Lui dire: Apprêtez- vous ; car il me reste encor Quelques deniers: je veux les joindre à l'autre

masse.

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