‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 250 sur 318 · LES POISSONS, ET LE BERGER QUI JOUE DE LA FLÛTE · texte numérisé non relu

LES POISSONS, ET LE BERGER QUI JOUE DE LA FLÛTE

TiRCis, qui pour la seule Annette

Faisait résonner les accords

D'une voix et d'une musette

Capables de toucher les morts,

Chantait un jour le long des bords

D'une onde arrosant des prairies Dont Zéphyre habitait les campagnes fleuries. Annette cependant à la ligne péchait :

Mais nul poisson ne s'approchait;

La bergère perdait ses peines.

Le berger, qui, pas ses chansons.

Eût attiré des inhumaines, Crut, et crut mal, attirer des poissons. Il leur chanta ceci: Citoyens de cette onde. Laissez votre naïade en sa grotte profonde ; Venez voir un objet mille fois plus charmant. Ne craignez point d'entrer aux prisons de la belle :

Ce n'est qu'à nous qu'elle est cruelle.

Vous serez traités doucement ;

On n'en veut point à votre vie :

Un vivier vous attend, plus clair que fin cristal. Et quand à quelques-uns l'appât serait fatal, Mourir des mains d'Annette est un sort que j'envie. Ce discours éloquent ne fit pas grand effet; L'auditoire était sourd aussi bien que muet : Tircis eut beau prêcher. Ses paroles miellées

S'en étant au vent envolées.

Il tendit un long rets. Voilà les poissons pris ; Voilà les poissons mis aux pieds de la bergère.

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