‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 280 sur 318 · LES DEUX CHÈVRES · texte numérisé non relu

LES DEUX CHÈVRES

DÈS que les chèvres ont brouté.

Certain esprit de liberté Leur fait chercher fortune : elles vont en voyage

Vers les endroits du pâturage

Les moins fréquentés des humains.

Là, s'il est quelque lieu sans route et sans chemins. Un rocher, quelque mont pendant en précipices, C'est où ces dames vont promener leurs caprices: Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.

Deux chèvres donc s'émancipant,

Toutes deux ayant patte blanche, Quittèrent les bas prés, chacune de sa part: L'une vers l'autre allait pour quelque bon hasard. Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche. Deux belettes à peine auraient passé de front

Sur ce pont :

D'ailleurs, l'onde rapide et le ruisseau profond Devaient faire trembler de peur ces amazones. Malgré tant de dangers, l'une de ces personnes Pose un pied sur la planche, et l'autre en fait autant. Je m'imagine voir, avec Louis-le-Grand,

Philippe-Quatre qui s'avance

Dans l'île de la Conférence.

Ainsi s'avançaient pas à pas.

Nez à nez, nos aventurières.

Qui, toutes deux étant fort fières, Vers le milieu du pont ne se voulurent pas L'une à l'autre céder. Elles avaient la gloire De compter dans leur race, à ce que dit l'histoire.

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