‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 290 sur 318 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

D'en faire au prince un don cet homme se propose. La rareté du fait donnait prix à la chose. L'oiseau, par le chasseur humblement présenté,

Si ce conte n'est apocryphe,

Va tout droit imprimer sa griffe

Sur le nez de sa majesté. — Quoi! sur le nez du roi ! Du roi même en personne. Il n'avait donc alors ni sceptre ni couronne ? Quand il en aurait eu, c'aurait été tout un: Le nez royal fut pris comme un nez du commun. Dire des courtisans les clameurs et la peine Serait se consumer en efforts impuissants. Le roi n'éclata point: les cris sont indécents

A la majesté souveraine.

L'oiseau garda son poste : on ne put seulement

Hâter son départ d'un moment.

Son maître le rappelle, et crie, et se tourmente. Lui présente le leurre, et le poing, mais en vain.

On crut que jusqu'au lendemain Le maudit animal à la serre insolente

Nicherait là malgré le bruit, Et sur le nez sacré voudrait passer la nuit. Tâcher de l'en tirer irritait son caprice. Il quitte enfin le roi, qui dit : Laissez aller Ce milan, et celui qui m'a cru régaler. Ils se sont acquittés tous deux de leur office, L'un en milan, et l'autre en citoyen des bois: Pour moi, qui sais comment doivent agir les rois.

Je les affranchis du supplice.

Et la cour d'admirer. Les courtisans ravis Élèvent de tels faits par eux si mal suivis. Bien peu, même des rois, prendraient un tel modèle.

Et le veneur l'échappa belle; Coupables seulement, tant lui que l'animal,

D'ignorer le danger d'approcher trop du maître:

Ils n'avaient appris à connaître Que les hôtes des bois ; était-ce un si grand mal ?

Pilpaj' fait près du Gange arriver l'aventure.

Là, nulle humaine créature Ne touche aux animaux pour leur sang épancher : Le roi même ferait scrupule d'y toucher. Savons-nous, disent-ils, si cet oiseau de proie

N'était point au siège de Troie?

Peut-être y tint-il lieu d'un prince ou d'un héros

Des plus huppés et des plus hauts:

Ce qu'il fut autrefois il pourra l'être encore.

Nous croyons, après Pythagore, Qu'avec les animaux de forme nous changeons;

Tantôt milans, tantôt pigeons,

Tantôt humains, puis volatilles

Ayant dans les airs leurs familles.

Comme l'on conte en deux façons L'accident du chasseur, voici l'autre manière.

Un certain fauconnier ayant pris, ce dit-on, A la chasse un milan (ce qui n'arrive guère)

En voulut au roi faire un don,

Comme de chose singulière :

Ce cas n'arrive pas quelquefois en cent ans; C'est le NON PLUS ultra de la fauconnerie. Ce chasseur perce donc un gros de courtisans, Plein de zèle, échauffé, s'il le fut de sa vie.

Par ce parangon das présents

Il croyait sa fortune faite :

Quand l'animal porte-sonnette,

Sauvage encore et tout grossier,

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