LIVRE DOUZIÈME
Entretenez-moi donc, et sans cérémonie.
Caquet-bon-bec alors de jaser au plus dru, Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace, Disant le bien, le mal, à travers champs, n'eût su Ce qu'en fait de babil y savait notre agace. Elle ofïre d'avertir de tout ce qui se passe,
Sautant, allant de place en place, Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant déplu,
L'aigle lui dit tout en colère :
Ne quittez point votre séjour, Caquet-bon-bec, m'amie: adieu; je n'ai que faire
D'une babillarde à ma cour:
C'est un fort méchant caractère.
Margot ne demandait pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit, que d'entrer chez les
dieux :
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses. Rediseurs, espions, gens à l'air gracieux, Au cœur tout différent, s'y rendent odieux: Ouoiqu 'ainsi que la pie il faille dans ces lieux Porter habit de deux paroisses.
LE ROI, LE MILAN, ET LE CHASSEUR À. S. A. S. M. le prince de Conti.
Comme les dieux sont bons, ils veulent que les rois Le soient aussi: c'est l'indulgence Qui fait le plus beau de leurs droits. Non les douceurs de la vengeance.
Prince, c'est votre avis. On sait que le courroux
36o FABLES DE LA FONTAINE
S'éteint en votre cœur sitôt qu'on l'y voit naître. Achille, qui du sien ne put se rendre maître,
Fut par là moins héros que vous.
Ce titre n'appartient qu'à ceux d'entre les hommes Qui, comme en l'âge d'or, font cent biens ici-bas. Peu de grands sont nés tels en cet âge où nous
sommes :
L'univers leur sait gré du mal qu'ils ne font pas.
Loin que vous suiviez ces exemples, Mille actes généreux vous promettent des temples. Apollon, citoyen de ces augustes lieux.
Prétend y célébrer votre nom sur sa lyre. Je sais qu'on vous attend dans le palais des dieux: Un siècle de séjour doit ici vous suffire. Hjmien veut séjourner tout un siècle chez vous.
Puissent ses plaisirs les plus doux
Vous composer des destinées
Par ce temps à peine bornées !
Et la princesse et vous n'en méritez pas moins:
J 'en prends ses charmes pour témoins ;
Pour témoins j 'en prends les merveilles Par qui le ciel, pour vous prodigue en ses présents, De qualités qui n'ont qu'en vous seul leurs pareilles
Voulut orner vos jeunes ans.
Bourbon de son esprit ses grâces assaisonne :
Le ciel joignit en sa personne
Ce qui sait se faire estimer
A ce qui sait se faire aimer.
Il ne m'appartient pas d'étaler votre joie:
Je me tais donc, et vais rimer
Ce que lit un oiseau de proie.
Un milan, de son nid antique possesseur, Étant pris vif par un chasseur.