LE CORBEAU, LA GAZELLE, LA TORTUE, ET LE RAT
À madame de la Sablière
Je vous gardais un temple dans mes vers: Il n'eût fini qu'avecque l'univers.
Déjà ma main en fondait la durée Sur ce bel art qu'ont les dieux inventé Et sur le nom de la divinité Que dans ce temple on aurait adorée.
Sur le portail j'aurais ces mots écrits: Palais sacré de la déesse Iris:
Non celle-là qu'a Junon à ses gages; Car Junon même et le maître des dieux Serviraient l'autre, et seraient glorieux Du seul honneur de porter ses messages. L'apothéose à la voûte eût paru :
Là, tout l'Olympe en pompe eût été vu Plaçant Iris sous un dais de lumière.
Les murs auraient amplement contenu Toute sa vie; agréable matière, Mais peu féconde en ces événements Qui des états font les renversements.
Au fond du temple eût été son image.
Avec ses traits, son souris, ses appas, Son art de plaire et de n'y penser pas. Ses agréments à qui tout rend hommage.
J'aurais fait voir à ses pieds des mortels. Et des héros, des demi-dieux encore.
Même des dieux: ce que le monde adore Vient quelquefois parfumer ses autels.
J'eusse en ses yeux fait briller de son âme