‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 30 sur 318 · LA LICE ET SA COMPAGNE · texte numérisé non relu

LA LICE ET SA COMPAGNE

Une lice étant sur son terme, Et ne sachant où mettre un fardeau si pressant, Fait si bien qu'à la fin sa compagne consent De lui prêter sa hutte, où la lice s'enferme. Au bout de quelque temps sa compagne revient. La lice lui demande encore une quinzaine ; Ses petits ne marchaient, disait-elle, qu'à peine.

Pour faire court, elle l'obtient.

Ce second terme échu, l'autre lui redemande

Sa maison, sa chambre, son lit.

La lice cette fois montre les dents, et dit : Je suis prête à sortir avec toute ma bande,

Si vous pouvez nous mettre hors.

Ses enfants étaient déjà forts.

Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette.

Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête, Il faut que l'on en vienne aux coups ; Il faut plaider; il faut combattre.

Laissez-leur prendre un pied chez vous, Ils en auront bientôt pris quatre.

l'aigle et l'escarbot

L'aigle donnait la chasse à maître Jean lapin, Qui droit à son terrier s'enfuyait au plus vite. Le trou de l'escarbot se rencontre en chemin :

Je laisse à penser si ce gîte Était sûr ; mais où mieux ? Jean lapin s'y blottit. L'aigle fondant sur lui nonobstant cet asile,

L'escarbot intercède, et dit:

Princesse des oiseaux, il vous est fort facile D'enlever malgré moi ce pauvre malheureux: Mais ne me faites pas cet affront, je vous prie; Et puisque Jean lapin vous demande la vie. Donnez-la-lui, de grâce, ou l'ôtez à tous deux:

C'est mon voisin, c'est mon compère.

L'oiseau de Jupiter, sans répondre un seul mot,

Choque de l'aile l'escarbot.

L'étourdit, l'oblige à se taire.

Enlève Jean lapin. L'escarbot indigné Vole au nid de l'oiseau, fracasse en son absence Ses œufs, ses tendres œufs, sa plus douce espérance:

Pas un seul ne fut épargné.

L'aigle étant de retour, et voyant ce ménage, Remplit le ciel de cris; et, pour comble de rage,

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