‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 53 sur 318 · LE RENARD ET LE BOUC · texte numérisé non relu

LE RENARD ET LE BOUC

Capitaine renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés: Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ; L'autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits :

Là, chacun d'eux se désaltère.

Après qu'abondamment tous deux en eurent pris. Le renard dit au bouc : Que ferons-nous, compère ? Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi; Mets-les contre le mur: le long de ton échine

Je grimperai premièrement;

Puis sur tes cornes m'élevant,

A l'aide de cette machine

De ce lieu-ci je sortirai.

Après quoi je t'en tirerai.

Par ma barbe! dit l'autre, il est bon ; et je loue

Les gens bien sensés comme toi.

Je n'aurais jamais, quant à moi,

Trouvé ce secret, je l'avoue.

Le renard sort du puits, laisse son compagnon.

Et vous lui fait un beau sermon

Pour l'exhorter à patience:

Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence Autant de jugement que de barbe au menton,

Tu n'aurais pas, à la légère, Descendu dans ce puits. Or, adieu, j'en suis hors; Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts ;

Car pour moi j'ai certaine affaire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.

En toute chose il faut considérer la fin.

l'aigle, la laie, et la chatte

L'aigle avait ses petits au haut d'un arbre creux,

La laie au pied, la chatte entre les deux ; Et sans s'incommoder, moyennant ce partage. Mères et nourrissons faisaient leur tripotage. La chatte détruisit par sa fourbe l'accord: EUe grimpa chez l'aigle, et lui dit: Notre mort (Au moins de nos enfants, car c'est tout un aux mères) Ne tardera possible guères.

Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment Cette maudite laie, et creuser une mine? C'est pour déraciner le chêne assurément. Et de nos nourrissons attirer la ruine : L'arbre tombant, ils seront dévorés; Qu'ils s'en tiennent pour assurés.

S'il m'en restait un seul, j'adoucirais ma plainte. Au partir de ce lieu, qu'elle remplit de crainte,

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