‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 59 sur 318 · LE CYGNE ET LE CUISINIER · texte numérisé non relu

LE CYGNE ET LE CUISINIER

Dans une ménagerie De volatiles remplie Vivaient le cygne et l'oison :

Celui-là destiné pour les regards du maître ; Celui-ci, pour son goût: l'un, qui se piquait d'être Commensal du jardin; l'autre, de la maison. Des fossés du château faisant leurs galeries, Tantôt on les eût vus côte à côte nager, Tantôt courir sur l'onde, et tantôt se plonger, Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies. Un jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup, Prit pour oison le cygne; et, le tenant au cou, Il allait l'égorger, puis le mettre en potage. L'oiseau, près de mourir, se plaint en son ramage. Le cuisinier fut fort surpris.

Et vit bien qu'il s'était mépris.

Quoi! je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe

La gorge à qui s'en sert si bien!

Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en croupe Le doux parler ne nuit de rien.

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