‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 60 sur 318 · LES LOUPS ET LES BREBIS · texte numérisé non relu

LES LOUPS ET LES BREBIS

Après mille ans et plus de guerre déclarée. Les loups firent la paix avecque les brebis. C'était apparemment le bien des deux partis : Car si les loups mangeaient mainte bête égarée, Les bergers de leur peau se faisaient maints habits. Jamais de liberté, ni pour les pâturages.

Ni d'autre part pour les carnages :

Ils ne pouvaient jouir, qu'en tremblant, de leurs

biens.

La paix se conclut donc : on donne des otages ; Les loups, leurs louveteaux; et les brebis, leurs

chiens.

L'échange en étant fait aux formes ordinaires,

Et réglé par des commissaires, Au bout de quelque temps que messieurs les louvats Se virent loups parfaits, et friands de tûrie. Ils vous prennent le temps que dans la bergerie

Messieurs les bergers n'étaient pas, Étranglent la moitié des agneaux les plus gras, Les emportent aux dents, dans les bois se retirent. Ils avaient averti leurs gens secrètement. Les chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,

Furent étranglés en dormant:

Cela fut sitôt fait, qu'à peine ils le sentirent. Tout fut mis en morceaux, un seul n'en échappa.

Nous pouvons conclure de là Qu'il faut faire aux méchants guerre continuelle.

La paix est fort bonne de soi,

J'en conviens: mais de quoi sert-elle

Avec des ennemis sans foi ?

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