‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 73 sur 318 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Petit princes, videz vos débats entre vous: De recourir aux rois vous seriez de grands fous. Il ne les faut jamais engager dans vos guerres. Ni les faire entrer sur vos terres.

l'âne et le petit chien

Ne forçons point notre talent;

Nous ne ferions rien avec grâce :

Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse,

Ne saurait passer pour galant.

Peu de gens, que le ciel chérit et gratifie. Ont le don d'agréer in fus avec la vie.

C'est un point qu'il leur faut laisser. Et ne pas ressembler à l'âne de la fable.

Qui, pour se rendre plus aimable Et plus cher à son maître, alla le caresser.

Comment ! disait-il en son âme,

Ce chien, parcequ'il est mignon,

Vivra de pair à compagnon

Avec monsieur, avec madame:

Et j 'aurai des coups de bâton !

Que fait-il ? il donne la patte.

Puis aussitôt il est baisé:

S'il en faut faire autant afin que l'on me flatte,

Cela n'est pas bien malaisé.

Dans cette admirable pensée, Voyant son maître en joie, il s'en vient lourdement.

Lève une corne tout usée, La lui porte au menton fort amoureusement, Non sans accompagner, pour plus grand ornement. De son chant gracieux cette action hardie.

ii8 FABLES DE LA FONTAINE

Oh ! oh ! quelle caresse ! et quelle mélodie ! Dit le maître aussitôt. Holà, Martin-bâton ! Martin-bâton accourt: l'âne change de ton. Ainsi finit la comédie.

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