FABLE XVI
LE Lioiv £T LA CAILLE
L’n Lion plein de feu, d’audace et de jeunesse, Las de sa force et du repos.
Déliait tous les animaux.
« Je ne crains, disait-il dans sa fougueuse ivresse. Ni le monstrueux Éléphant A la trompe terrible, à la dent redoutable;
Ni l’immense Boa, ce reptile géant (2,),
Qui semble un grand palmier renversé par le vent ; Ni le Crocodile effroyable (3) ,
Tyran de la terre et des eaux;
Ni la formidable Panthère (4),
Féroce sans besoin, par instinct sanguinaire;
Ni l’Hiène recherchant la nuit et les tombeaux (5)
Pour cacher son oeil louche et sa faim funéraire. Je suis le maître de la terre,
Je suis le roi des animaux.
Pour me le disputer , nul d’assez téméraire ;
Rien ne peut m’effrayer, m’émouvoir. « — A ces mots, Une Caille blottie et qui dormait dans l’herbe. Réveillée en sursaut par cette voix superbe ,
Sous les pas du Lion s’envole brusquement. Décrit ses deux crochets, et fuit comme le vent.
Le Lion , tout surpris , fait un pas en arrière !
Ainsi , d’un pauvre oiseau le vol précipité vSuflit pour arrêter ce Lion téméraire ,
Lui qui se proclamait naguère Seul ne redoutant rien et partout redouté.
Pourquoi tant d’orgueil , de fierté ?
Tu bravas en héros les périls de la guerre;
Oui, mais devant un souffle, un rien, une chimère, Échouera ta témérité.