LE LOUP ^ LE BOEUF ET L ÉLEPJIAIXT
Un Loiij) se laissa choir, la nuit, an fond d’un trou j S’en tirer n’était pas facile:
Il grimpait, retombait, s agitait comme un fou; Vains travaux, vains efforts; c’était peine inutile. Ujiuisé, tout honteux, (|uand le jour fut venu:
A mon aide! au secours! criait la ])auvre béte. Certain Bœuf, personnage honnête,
S approchant, par les cris ému.
Vers le trou présenta sa tête.
« Au nom de Mahomet, Marabout généreux.
Lui dit le pauvre Loup d’une voix souterrain(‘ , Viens secourir un malheureux.
Permets que par la queue un momeni je te tienne,
FABLES
Et de ce trou malencontreux Tu pourras me tirer sans peine. »
Le Bœuf lui répondit : « Je voudrais t’obliger,
Mais aussitôt hors de danger,
Tu suivrais, contre moi, ton instinct sanguinaire , Et la mort serait mon salaire. »
* — « Je te respecterai , j’en jure par ma mère (4) ^ Reprit le Loup : un tel serment T’assure ma reconnaissance;
Prends donc pitié de mon tourment. »
Le Bœuf, touché de sa souffrance ,
Tendit au Loup sa queue au fond de la prison ,
Et le tira du trou comme on pèche un poisson.
Il voulait suivre son voyage ;
Mais le perfide Loup lui barra le passage.
L’Éléphant , par hasard , vint là;
Il fallut se soumettre à son haut arbitrage.
Voici ce qu’il imagina :
« Ce procès, dit-il, m’embarrasse;
Que chacun se remette en place.
Je verrai mieux comment la scène se passa. »
Le Loup fut, dans son trou, forcé de redescendie.
SENEGALAISES. 121
« Que chacun maintenant fasse comme il voudra, » Dit alors l’Éléphant; ■ — et puis il s’en alla.
Le Bœuf, ne s’y laissant plus prendre.
S’enfuit, et le Loup resta là.
L ingrat en vain croit pouvoir s’en défendre;
Un juste châtiment tôt ou tard l’atteindra.