‹ Fables sénégalaisesChapitre 18 sur 44 · LE LIÈVRE AVEUGLE · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE AVEUGLE

Un Lièvre était aveugle de naissance;

Il vivait de charité (2).

Tout confiant dans la Divinité ,

« De Dieu j’attends l’assistance (3), »

Disait-il chaque matin ;

Et toujours la Providence Daignait pourvoir à sa soif, à sa faim.

Un Singe en prit jalousie.

« Enseignez-moi , dit-il , par quel moyen , Sans travail , sans industrie ,

On peut ne manquer de rien.

Moi , pour soutenir ma vie ,

Je me fatigue, je cours,

SENEGALAISES.

Et ne mange pas toujours.

Comment faites-vous ?» — « Je prie;

De Dieu j’attends les secours. »

— « C’est un métier fait pour plaire,

Reprit notre paresseux;

Il me conviendrait au mieux;

Troquons ensemble nos yeux :

Avec les miens vous verrez la lumière;

Moi, je renonce à la clarté des cieux ,

Et je vivrai sans rien faire. »

Marché conclu — Notre aveugle nouveau Étudia son rôle et sa prière (4).

Le premier jour il vécut à gogo.

Le lendemain notre tète légère Oublia tout , reprit son caractère ;

Sans employer la formule ordinaire ,

Il dit à Dieu, jurant comme un païen :

« Dieu, donne-moi. . . » — Dieu ne lui donna rien (5).

FABLES

Page 1