I.’lBIS
Notre sotte vanité S’accroche à la moindre liranclie;
Tout fier d’avoir la peau blanche (3),
En Africpie un Chasseur, sur leur crédulité, Raillait de pauvres Noirs (4). « Quelle insigne folie! Croire aux oiseaux sacrés et inénagi'r leur vie (5)! O liontc de rhumanité!
On s’est moqué de vous. » Et, bravant leurs prières. Sur un lôù il se mit à tirer.
Le coup part, l’oiseau tombe. Avant (pie d’expirer, C Ibis dit, jialpitant dans ses mains meurtrières :
« Quel mal vous ai-je fait? En UK'ssagei- ck's dieu.x. Mon arriviA annoiu'e dans ces lieux Ee débordement des rivières (hj.
FABLES
liO retour de la pluie, et l’heureuse saison Où se prépare la moisson.
Dans vos guérets , dans vos rizières ,
Je détruis par milliers les insectes fangeux (7),
Qui font la guerre aux semences utiles ,
Et des venimeux reptiles Je purge vos champs joyeux (8) ;
Je rends les airs plus purs, les terres plus fertiles. Consultant ses besoins autant que mes bienfaits. L’homme m’avait ici juré la paix,
Me donnant pour garantie La. protection des dieux.
C’est ainsi qu’en Égypte autrefois mes aïeux Ont vu respecter leur vie ;
Et que, reconnaissant, on prodiguait pour eux Les honneurs de la momie (9) !
Vos discours ignorans et mon trépas affreux Vous montrent combien l’homme a besoin qu’on le lie.
Voilà pourtant ce qu’un fat orgueilleux , Tranchant de l’esprit fort, a traité de folie ! »
Les préjugés souvent sont fondés en raison;
SENEGALAISES.
Tel qui s en rit ne sait pas l(‘s ('omj^rendre. Profitez de la leeon ,
Ne jugez pas sans entendre;
Cherchez, fouillez, creusez; chaque chose a du hou. A\ec des ignorans on peut encore appi'endre.
FABLES