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FABLE XXX

l’aigrette ET LE MXRABOUT

Comme une fleur, l’Aigrette, au milieu des gazons Mirait, au bord de l’eau, sa blancheur éclatante. Et de son bec pointu, l’œil fixe, dans l’attente, Elle guettait des poissons.

Le Marabout, monté sur ses grandes échasses,

A pas lents, allongés, et comme par ressort. S’avançait gravement, tel qu’un porteur de châsses Ou tel qu’un vieux Bramin méditant sur la mort (3 «Bonjour, dit-il, ma commère;

La pèche est-elle bonne? »— « Excellente, vraiment ! — « Toujours contente! Hélas! |)auvre tète légère Tu n’as jamais de tourment! »

— « Et vous, toujours vous criez la misère;

Que vous sert-il ?» — « Pour cette fois, ma chère. Ce serait bien votre tour.

Sachez ce que de vous on disait l’autre jour: Deux animaux que je ne connais guère,

Mars et Venus, gens pimpans et coquets,

Ont conçu contre vous la plus funeste envie;

Pour dérober vos élégans plumets (4) ,

Ils menacent votre vie.

Rien à leurs coups, dit-on, ne résiste jamais. «

« Quoi ! n est-ce que cela ? Je savais leurs projets. Mais craignez pour vous-même une triste aventure; Les femmes, à présent, raffolent des duvets Que près de votre queue (5) a cachés la nature. » «Ad autres, vous raillez! car quel esprit mal fait Voudrait en ce lieu-la chercher une parure?

Qu’en feraient-ils , s’il vous plaît ?

Ces oiseaux n ont donc pas de plumes au derrière ? » « Chut! le vilain ! Ces dames, voyez-vous. Ornent leur tête légère De vos légers marabouts ! »

— « Cette enseigne, vraiment, était bien nécessaire ! »

« Comment nous tirer d’affaire?. . .

L’iiii l’autre arraclions-noiis ces oriicuiens léirers

Qui causent tous nos (lau<rers. »

A.U moment d’opérer, la souffraru'e fit taire Un si maladroit dessein.

C’est une prudence vaine De souffrir douleur certaine De peur de mal incertain;

Mieux vaut subir son destin.

FABLES

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