L ARBRE ET LA LIANE
A.ÜX terres équinoxiales Où des richesses végétales La nature produit les élans vigoureux,
Sur un grand Mimosa (2) dont les rameaux nombreux Se desséchaient dans la force de l’âge ,
Et s’étonnaient qu’un feuillage étranger Vînt remplacer leur élégant feuillage,
Une Liane épaisse avait su se loger.
D abord elle avait dit: « Prêtez à ma jeunesse Un généreux secours; vous êtes grand et fort;
Tout, à présent, menace ma faiblesse.
En m ajipuyant sur vous je braverai la mort. » Bientôt avait grandi la Liane grimpante;
SÉNÉGAJ.AISKS. 19Î)
Elle serrait dans mille enlaeenicMis Le Mimosa qui, d’humeur eoufiaiile, Applaudissait à ces embrasse nuais.
Elle envahit ainsi jusqu’au moindie branchaj^e; Et soulevant sa tête au-dessus du sommet,
Elle insultait au voisinage,
Et même au bienfaiteur (jue sa masse opprimait.
De l’ingrat modèle exécrable.
Lui dit cet Arbre agonisant,
Je te donnais un appui secourable,
Tu m’étouffais en m’embrassant.
Ma mort va renverser ta grandeur éphémère Et réparer le tort cpie j’eus en t’élevant;
Si mon front desséché tombe dans la poussière, J’u tomberas aussi; tu tomberas vivant! »
FABLES