I E COLIBRI ET LE BUISSOJV FLEURI
1 se jouant dans l’élégant feuillage
V; D’un mimosa dont les fleurs,
I En épis de deux couleurs (2) ,
, Tombaient d’étage en étage,
En Colibri, vêtu de pourpre et d’or.
Chatoyant dans son plumage , S’écriait : « Oh ! quel trésor !
Pourquoi, Buisson, cette fraîche verdure. Ces riches fleurs, ces parfumés atours
Et ce luxe de parure.
Ne durent-ils pas toujours?»
SÉNÉGALAISES.
Pourquoi perds-tu cette robe brillant(‘
Que tu revets au doux temps des amours (L?
La nature libérale
Me dorme aussi ma robe nuptiale (4).
Ku inspirant rhenreux besoin d’aimer ,
Elle enseigne Part de plaire,
Et pare le sanctuaire Où Ehymen doit consommer Son sacré, son doux mystère.
J ai, conirrre toi, mes amoureux sou])irs(5);
J ai mes baisers , ma tendresse ;
Dans chaque fleur j’éprouve une caresse Et je goûte des plaisirs.
Saison d amour, de jeirnesse,
Beaux jours, bonheur n’orrt qu’un temps! Plus tard, regrets impuissans,
Soins, coquetterie, adresse.
Ne nous rendront ni tes vives couleurs.
Ni mes parfums, ni mes fleurs. »
A cette loi générale
Pont est soumis, Égle, pensez-v bien;
FABLES
Nature, Églé, ne donne pas pour rien,
Ni pour long-temps, la robe nuptiale.
Et toi, Damon, des brillans Colibris Jadis la brillante image.
Regarde tes cheveux gris. . ,
Belles fleurs, joli plumage.
Age d aimer, temps des jeux et des ris. Vous n êtes plus; c’est l’instant d’être sage.
SENEGALAISES.
s«a«iaw a
NOTES DE LA FABLE XXX lE
(i) Le Colibri. — Les colibris proprement dits sont des oiseaux d Amérique. Leurs congénères ^ en Afrique, sont nommés sucriers on soui- mangas. Ils ne different, au surplus, qu’en ce que les derniers ont les tarses un peu plus longs que les premiers, et douze pennes à la queue, au lieu de dix. J/usage, au Sénégal , est d appeler colibris ces oiseaux si gracieux, si légers, si brillans, qu’on trouve de diverses espèces et en grand nombre dans le pays ; j’ai cru devoir adopter aussi ce nom , plus agréable, plus généralement connu.
(2) En épis de deux couleurs.
Le Sénégal possédé plusieurs jolies espèces de buissons ; celte description est surtout applicable à un charmant arbrisseau , qui doit être le mimosa nutans , oti qui mériterait le nom de mimosa discolur, s’il n’était pas encore décrit. Son feuillage n’a pas le grêle,
FABLES
le roicle de la plupart des nombreux mimosas de celte partie de l’Afrique ; quoique les folioles en soient trèspetites, l’ensemble est bien nourri et retombe avec grâce; la verdure en est belle; cette quantité de jolies petites giappes délicates qui s'y mêlent de toutes parts, moitié jaunes, moitié roses, lui donnent un brillant, un air de parure, qu’on ne se lasse pas d’admirer. Les indigènes, qui l’appellent sinnkië , font des cordages avec ses jeunes branches tordues.
(3) Que tu revêts au doux temps des amours ?
On sait que les colibris ^ et beaucoup d’autres oiseaux , ne portent que pendant la saison de leurs amollis les belles couleurs qui les rendent si remarquables. D’autres oiseaux ne trouvent et ne conservent leurs voix mélodieuses qu’à la même époque. On ne se lasse pas d’admirer de quels attraits , de quelles séductions la nature semble avoir environné ce qui se rapporte à l’amour dans toutes les classes des êtres ! Quels soins elle a pris pour assurer la reproduction des individus et la conservation des espèces!
(4) Me donne aussi ma robe nuptiale.
Le règne végétal parait n’être pas étranger non plus aux douceurs de l’amour. Le système sexuel de Litinée
sa
SENEGALAISES.
a répandu des connaissances générales sur les sexes, les noces, comme il disait, et la fécondation des plantes. Grâce à lui, personne n’ignore que les Heurs ne sont plus seulement de brillans ornemens de la nature, mais qu’elles sont belles parce qu’elles sont aussi destinées à servir d’instrumens , de temples aux mystères de l’amour. Ainsi , chaque plante est un monde animé; chaque fleur est un lit nuptial plus ou moins richement décoré; des époux éphémères, faciles à distinguer, doués momentanément d’une irritabilité, d’une vie presque animale, au milieu du luxe des couleurs et des parfums, consomment leur hymen et assurent leur reproduction. Oh ! comme la nature vue, étudiée sous ces rapports touchans, devient encore plus belle, plus intéressante! Et ce n’est pas une mythologie fantastique et d’imagination , comme était celle des Grecs ; c’est du positif, du réel , qui laisse bien en arrière l’Olympe, les métamorphose.s elles féeries; c’est une vérilé aussi riante, aussi «racieuse qu’une fiction.
(5) J ai, comme toi, mes amoureux soupirs.
En examinant le jeu , l’usage des parties qui con- St.tuent l’tnlérieur des fleurs, et qu’on a justemennommées les organes de la génération de la plante en voyant les mouvemens , les cliangenmns <p,’i|s
FABLES
éprouvent et tout ce qui s’y passe, il est impossible de n’y pas reconnaître une espèce d’irritabilité animale, quelque chose d’analogue à des caresses à des sensations de désir et de volupté.
Ainsi, l’on voit dans \ euphorbe le pistil, naturellement plus élevé que les étamines, s’incliner au-dessous d elles , comme par un mouvement amoureux , pour recevoir le pollen fécondant, et ne se redresser qu’après être devenu un fruit rempli de graines. Il en est de même dans la nigelle , dans \es passiflores , etc.
Les étamines de la rue s’inclinent les unes après les autres sur le pistil; leurs anthères vont toucher les stigmates , comme par un baiser; puis elles se redressent et se jettent en arrière.
Les filets des étamines de V épine-vinette et de quelques autres plantes sont tellement irritables, qu’ils s’agitent dès qu’on les touche. Au moment de la fécondation , ils développent de la chaleur. Ce dernier phénomène est encore bien plus remarquable dans plusieurs espèces élarum. On assure que, sur les bords de la Gambie , un pandanus s’enflamme alors spontanément, et qu’il communique le feu quelquefois aux herbes voisines. Je n^ai pu vérifier ce fait par moimême ; il est vrai qu’on m’a envoyé des pandanus à demi brûlés; mais reste à savoir s’ils avaient allumé l’incendie , ou si le feu qui les avait atteints n’avaît pas une autre cause.
SK N KGALAISKS.
Les fleurs du nénuphar, du niényanthés , du potamogéton et de heaucouj) d’autres plantes acjuatiques, montent a la surface de l’eau, et s’y épanouissent; après la lécondation, pour laquelle il paraît que ces fleurs ont besoin d’air, elles redescendent sous l’eau ou leurs fruits se develojipent.
Qui ne connaît le phénomène plus étonnant , plus admirable encore, que présente la vallisneria spirahs? ses fleurs femelles portées par de longs pédoncules roules en tire-bourres, sortent au-dessus de l’eau. Les fleurs mâles, vivement excitées par le besoin de se réunir aux fleurs femelles, rompent les courts pédoncules qui les retiennent, et viennent auprès d’elles répandre leur pollen vivifiant. Lorsque la fécondation est opérée, les pédoncules des fleurs femelles rapprodient leurs circonvolutions et ramènent ces fleurs au tond de l’eau où mûrissent les fruits.
O richesses de la nature ! sources intarissahles d’e- Uules charmantes, de jouissances vraies pour tous les âges! comme Jes inities i vos mystères s’ouvrent un
monde inconnu au profane ! comme leur vie intellectu elle et morale s’agrandit !
Les Anglais ont nu joli poème sur les amours ries plantes.
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