L AUTRUCHE ET LA CHAUVE-SOURIS
« Animal à quatre pattes,
Disait un jour l’Autruche à la Chauve-Souris,
D être au rang des oiseaux vainement tu te flattes (3j ;
Couvert de poils noirs et gris,
Sans plumes sur le corps, sans bec à ton visage. Le Créateur s’est mépris Lorsqu il a mis au monde un si laid personnage. Vois, au dieu des oiseaux c’est moi qui dois hommage! La soie et le coton par zéphyr floconnés ,
Par les grâces festonnés,
Composent mon doux plumage.
Mes cuisses et mon coü des roses sont l’image (4j, Mon cou qui, dans les airs, s’élance avec fierte!
SÉNÉGALAJSKS.
Sur mon pluinage noir vois l’éclat argenté Dont brillent mes blanches ailes;
C’est rornement des rois, des guerriers et des belles. As-tu rien de ma grâce et rien de ma beauté?
Tu crois être un oiseau ! j’en ris , en vérité. »
• — « Ajoute à ton portrait quelques grâces nouvelles, Reprit la Chauve-Souris;
Vante ce cou trop long, cette jambe effilée,
Et cette tête pelée.
Essayons de la volée ,
Nous verrons pour oiseau qui des deux sera pris. Nous verrons qui des deux a les meilleures ailes. Et tes plumes encore à quoi te servent-elles?
C’est ce qui fait courir le chasseur après toi.
Dieu me préserve , ma foi ,
D’un présent si redoutable!
Mesdames, écoutez bien :
Mieux vaut laideur prolitabh*
Que beauté dangereuse ou qui n’est bonne à rien.
(i) L’Autrucue ( struthio, Linn. ) , le plus grand àe tous les oiseaux, atteint jusqu’à huit pieds de auteur, et pèse environ quatre-vingts livres. Entre son jabot et son gésier est une grande dilatation, qu’on peut regarder comme un estomac particulier, de sorte quelle en a trois, ainsi que les animaux ruminans. L’autruche est herbivore ; cependant elle mange de la viande, elle avale des os, des souris, et meme de petits poulets , si on la tient dans une basse-cour. Elle est SI vorace, elle a les sens du goût et de l’odorat si grossiers, qu’elle fait entrer indistinctement dans sa panse du sable, du bois, des pierres, du fer, enfin tout ce qui peut lui servir de lest. J’ai vu une autruche avaler en un instant une livre de clous. Ce n’est pas que ces animaux puissent digérer le fer; cependant il paraît qu’il se consomme peu à peu dans leur estomac; on en a trouvé des morceaux usés, comme iis le seraient par la trituration avec d’autres corps durs; ils
SÉNÉGALAISES.
étaient évidemment rongés par quelque suc, et présentaient des gerçures que ce suc avait pu seul produire.
L’autruche s’habitue à la captivité; on peut alors l’approcher et la caresser; mais elle ne paraît ni alfectionner ni même reconnaître ceux qui la soignent. C’est à tort que les anciens avaient prétendu qu’elle était presque privée de l’ouïe; elle a au contraire ce sens délicat; la musique lui plaît. Lorsqu’elle entend le son d’un instrument, d’un tambour, le claquement de mains des négresses, elle entre en gaieté, elle danse, elle pirouette long-temps, les ailes étendues, le bec entr’ouvert , avec tous les signes du plaisir et de l’exaltation.
Cet animal court d’une extrême vitesse, en Taisant des crochets brusques à angles aigus. Ses ailes , toujours écartées, facilitent et hâtent sa course. Toutefois, ce n’est pas en lui servant à battre l’air comme avec des rames, ainsi qu’on l’a supposé ; ses ailes n’ont alors , au contraire, que très-peu de mouvemens ; elles paraissent faire l’office de balanciers , surtout lorsque la course change de direction; elles se présentent aussi au vent qui les remplit et les pousse, tle la meme manière ([ue les cygnes sur l’eau.
L’autruche a toute sa force dans ses pieds, qu’elle
ML
fables
Jance par devant, avec autant de vigueur que peut en déployer un cheval qui rue.
Plusieurs naturalistes, notamment Thévenot et Sparrmann , ont prétendu que chaque mâle n’avait quune femelle. Cependant, toutes les fois que j’ai rencontré des autruches en liberté , j’ai vu un mâle accompagné de plusieurs femelles; il paraissait les cnigei , veiller sur elles, absolument comme un coq avec ses poules. L’œuf d’autruche pèse quelquefois jusqu a trois livres ; il est agréable à manger, et bien
préférable à l’œuf d’oie.
La femelle est d’un gris cendré et n’a que quelques plumes noires à la queue et aux ailes. Le mâle, au contraire, a le corps couvert de plumes d’un beau noir; ses ailes et sa queue sont ornées de ces magnifiques plumes blanches, dont on fait, de toute ancienneté, des ornemens pour les temples, pour les cours,
pour les théâtres, et que les femmes recherchent pour leur parure.
(2) La Chauve-souris. — Il en existe plusieurs espèces au Sénégal. On y trouve, entre autres, le nyctere de la T/iéhaïde , rapporté d’Égypte par M. Geoffroy, et un autre nyctère , dit de Dauhenton. Mais la plus remarquable est celle qu’on appelle la feuille ( megadermes frons. Geoff. ). Ce nom lui vient
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de ce qu’elle a sur le bout du museau une membrane ovale, place'e verticalement, et qui ressemble à une feuille. Celte membrane, de huit lignes de hauteur, est très -grande, l’animal entier n’ayant que deux pouces un quart de longueur.
(3) D’être au rang des oiseaux vainement tu te flattes.
Les anciens regardaient les chauves-souris comme des oiseaux; Pline n’en parle que pour remarquer qu’il y a des oiseaux qui engendrent leurs petits vivans. Aristote les définit des oiseaux à ailes de peau; il ne sait au juste si ce sont bien des volatiles, à cause de leurs pieds; mais il ne peut se résoudre à reconnaître en elles des quadrupèdes, ne les voyant pas jiourvues de quatre pieds bien distincts.
Selon Scaliger, la chauve-souris est le plus singulier des oiseaux , puisqu’il a des dents et qu’il est privé de bec; qu’il marche sans pattes et vole sans ailes; qu’il voit clair pendant la nuit et qu’il est aveugle pendant le jour.
Maintenant ces animaux, mieux étudiés, ont été classés, sous le nom de chéiroptères ( mains et ailes ), parmi les mammifères, et comme faisant le passage entre les quadrumanes et les carnassiers.
fables
(4) Mes cuisses et mon cou des roses sout l’image.
Les cuisses et le cou presque iius de l’autruche maie
deviennent d’une belle couleur rose, surtout pendant la saison du rut.
SENEGALAISES.