‹ Fables sénégalaisesChapitre 7 sur 44 · LE POULAIN · texte numérisé non relu

LE POULAIN

Un Veau naquit; en meme temps Une Jument du voisinage Mit au monde un Poulain. Au meme pâturage Vivaient en bons amis les mères, les enfans.

Le Veau paya tribut, un jour, à la nature;

Le meme jour, par aventure,

Succomba la Jument. Que devint le Poulain? Pour tromper sa douleur de mère,

La Vache adopta l’orphelin.

On le voyait bondir près de sa nourricière;

Il ne la quittait plus. Son ancien maître eu vain Le voulut réclamer. L’autre propriétaire Lui répondit: «Ma Vache enfanta ce Cheval.

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Voyez donc de quel lait se nourrit l’animal !

Voyez comme il la suit! C’est le fds, c’est la mère; L’apparence est pour moi, prouvez-moi le contraire.» Il gagna son procès au premier tribunal.

Mais donnant suite à la querelle,

L’autre plaideur disait: «Malgré ce jugement.

Le Poulain, j’en suis sur, est né de ma Jument. C’est une erreur, et j’en appelle Devant le magistrat voisin;

U j)asse pour un sage, il verra mieux la chose. » On alla le trouver; chacun plaida sa cause;

On ])arla longuement, mais on se tut enfin.

Le juge gardait le silence.

Jugez-nous, lui dit-on, quelle est votre sentence? Lors, se tenant le ventre, il se lève en criant:

« Je suis prêt d’accoucher, je sens le mal d’enfant (2). » A d’autres, dit chacun, quelle est cette folie? Vit-on jamais un homme atteint de pareil mal?

Le ju^e repartit : « Mais vit-on, je vous prie ,

Vit-on Vache jamais engendrer un Cheval ? »

SENEGALAISES.

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