LE LOUP ET LE FUSIL
Par faiblesse ou par imprudence, \
Le Loup avait prêté des Moutons au Fusil.
D’avoir tel débiteur, lorsque vint l’échéance,
Le Loup vit le danger. « Monseigneur, lui dit-il,
Les temps sont durs; votre Excellence î
Peut me tirer d’un mauvais pas :
Arrangeons, s’il vous plaît, notre affaire en silence;
Soldez, ajournez ma créance.
Mais ne me dites rien, ou du moins parlez bas.
Car je crains votre voix à l’égal du tonnerre (3). );
Des débiteurs puissans d’un pareil caractère
NOTES DE LA FABLE lY.
(i) Le Loup.
Il n’existe pas au Sénégal de loup proprement dit; en me conformant à l’usage du pa^^s, j ai traduit par loup en français , le mot bouki , nom qu’en ouolof on donne à l’hiène. Cet animal figure très-souvent dans les fables des nègres. Ils lui font jouer le rôle d’un lourdaud, toujours dupe de lui-même et des autres, caractère parfaitement approprié à ses habitudes et à son extérieur.
L’hiène rayée [canis hyœna.lÀxm.) est très-commune au Sénégal. Elle est grise, rayée irrégulièrement en travers de brun ou de noirâtre. Elle porte, tout au long de la nuque et du dos , une crinière qu’elle relève dans ses mouvemens de colère. Ses pattes de derrière sont plus courtes que celles de devant. Son œil est louche et son regard sombre. Elle laisse voit des dents pointues et tranchantes. C’est un animd nocturne, d’une allure traînante et embarrassée; la-
SENEGALAISES.
che , mais féroce , il se nourrit principalement de charognes.
I/liiène, crun naturel sauvage, s’apprivoise rarement; j’en ai possédé cependant une cpii était lamilière au point de me lécher les mains et les pieds. Mais elle ne caressait que moi , et grognait meme cojitre ceux qui lui donnaient ordinairement h manger.
(2) Le Fusil.
On trouve peu d’exemples que les fabulistes nègres choisissent leurs personnages parmi les êtres inorganisés. Ordinairement ils n’emploient même que des acteurs pris dans le t ègne animal.
Peut-être paraîtra-t-il d’abord assez ridicule de voir le fusil personnifié; mais dans une matière où tout est fictions , il n’est pas beaucoup plus difficile de se prêter à celle-ci qu’à celles qui font parler des animaux, agir et parler des montagnes , des pierres , des plantes. Pourquoi le fusil ne deviendrait-il pas un |iersonnago de fable, aussi bien que le cierge , la goutte ^ le pot de terre et le pot de Jer^ que La Fontaine a mis en scène avec tant de succès?
(3) Car je crains votre voix à l’égal du tonnerr(‘.
Il paraît que c’est pour arriver à ce mot-là, à celle
FABLES
comparaison du coup de fusil et du tormeri’e , que la fable a été imaginée. Les nègres trouvent piquant que le loup ait peur de la voix du fusil.
SÉNÉGALAISES.
^ ^ ^ ^ ^ w w <^15? vsi? w vJIp Vii? vfr