NEPVEU, LIBRAIRE, PASSAGE DU
FIRMIN DIDOT, RUE JACOB, N*» a 4; PONTHIEU, LIBRAIRE, AU PALAIS-ROYAL.
FlÉfÂCE,
JNous avons déjà danâ notre langue un grand nombre de fables. Il faut bien reconnaître que ce genre de composition offire de graves difficultés, puisque de tant d^écrivains qui Tont essayé, quel que soit le rang qu ils occupent d'ailkurs dans la littérature, La Fontaine , est à peu près le seul qui en ait obtenu de la célébrité , le seul qui ait conservé de nombreux lecteurs. La vogue qu'avait d'abord eue La Motte a passé bien vite ; on ne cite que peu de fables de Florian , encore les plus rèmar»
quables sont plutôt des contes que des fables (i); tant d autres qui étaient entrés dans la carrière sont à peu près comme s'ils n'avaient pas existé; les plus modernes même n'ont guère été plus heureux, quoique plusieurs ne soient pas sans un vrai mérite; il semble que ce soit un parti pris de ne lire de fables que celles de La Fontaine.
Ce serait de ma part uiie excessive témérité que d'asfHrer à plus de succès» que mes devanciers; aussi ne me seraîs-jepas hasardé à publier des apolog\ies qui n'eussent été que mon ouvrage* M^is j'û pensé que des fakles africaines exciteraient peut-être par elles-mêmes l'atteation, et que la matière première était assez
(i) L'Ayieugte et le Paralytique» liv. i'% fab. ^o. — L'Avare et son Fils, liv. 4i fab. lo. — Le Pacha et le Dervis, liv. 4 , fal^ 7 , elc.
intéressante pour appelev Vindul^ence sur l'exécution du travail. £n ^et, ici composa tion, mœurs ) peiatfires, tout appartient aux nègres y tout est différent de ce ^e nous avons y tout a ce caractère neuf, original , qui pique la curiosité*
Les fables sont de tous les temps et de tous les pays. On peut les considérer comme le premier ouvrage, ou plutôt comme le premier amusement de l'esprit humain.
Ésope, si ce fabuliste a toutefois existé, et si Ton doit le regarder comme Fauteur de tous les ouvrages qui lui sont attribués , Ésope n'a pas été le premier qui ait imaginé des fables, mais seulement le premier qui en ait composé avec assez d'habileté pour qu'elles se soient conservées sous son nom.
11 paraît que les fables sont également connues de toute ancienneté chez les nègres*
quoique, pour la plupart, ils n'aient pas de littérature, ni même de langue écrite. Celles que je pubGe ont été recueillies pendant un long séjour que j'ai fait au milieu des Ghiolofs (i); mais on en trouve également chez toutes les peuplades nègres de cette partie de rAfriqucî.
(i) On donne le nom de Gfiiolofs, et quelquefois mal à propos d^Ouoîofs et dé Jaiofs^ aux nègres qui habitent sur la rive gauche et vers Tembouchure du Sénégal, dans une profondeur de 4o lieues environ au sud et à Vest, Us se divisent en trois nations ou royaumes. Celui de Walo^ qui occupe le bord du fl(^uve; c'est là que nous avons commencé des établissèroens de cultures coloniales; celui de Gaïor, le long de la mer jusqu'au-delà du Cap-Yert; enfin, à Test de ce dernier, celui des Ghioîofs proprement dit, dont les deux premiers ne sont que des démembremens. La langue des Ghioîofs, qu'on appelle ouolof^ s'étend généralement dans tous les pays voisins. On ne voit rien qui indique qu'elle ait été formée ou qu'elle soit dérivée d'aucune autre. Elle parait, de même que les habitans, appartenir à cette contrée, sinon de primitive origine , au moins depuis des temps très-anciens.
Les Ghiolofs mettent en scène lès hommes, les animaux, et quelquefois les choses inanimées (i); je n'ai p^s remarqué qu'ils fassent figurer les plantes dans ces sortes de compositions , qui sont en général très-ingénieuses.
On ne pouvait pas traduire et répéter à chaque fable les espèces de formules par lesquelles beaucoup de Sénégalais ont l'habitude de commencer et de finir ces récits ; mais je crois intéressant de les faire connaître, en passant, comme une chose tout-à-fait bizarre. Celui qui raconte dit d'abord (a): Leb-on-na,
(i) Yoy.,/!e Loup et le Fusil, fab. 4; la Boule de Beurre et la Motte de Terre, fiib, 17.
(a) J^ai quelquefois entendu ces formules employées au temps présent : LÈB-zfA,ye fais une fable; il y a une fable; on répond : Li-po-irs, ceci amuse, etc.; li correspond à çecieX exprime le présent, lou correspond à cela et se l'apporte aux autres temps; la particule on ( prononcez o/ie) est le signe dr
n ?H7lI3:
ty^^A^Ait, éea rrm^ car m e£s. Il Œtw afc«
i*t^ fWïitfere oriCiuÎRSBCBt par mie locution ^^thfiAenîe k notre r En « Êemps^la^ oa à /i//ir#? î Itx Mfaît ttnejoisj etc — Qodqncs t^htéff^hi» ne manquent guère , après aroîr Mi^iinr^ te«f récit , d'ajonter cette pbrase assuf'^flimit htm singulière : Ici la fable est aMée
imiMéi liM Ifmfië non! tnarquét dans la langue ouolofe avec une «iMtpllt^iléi uit« r^Ktilarlté parfaite ; mais ce qu*il y a de curieax •»» \W tumvmu |HMu* noi», c'est qu'on est dans l*usage d'expriwm HMMl . pai« 111) piHK^« trèa>ftidle, les distaDcesjetativesdes J^W^WUHW ^\ s\^ x\m^ ^1^1 on ptrie. ( Je me propose de pumn )m^K^mm mm mteoira sur cette tengue intéressante)
PREFACE. il
tomber dans la mer^ ou danslleau (Fils lèb
DOIUKJEB TABI Gaâis).
Les fsddes ne parai$seOjt destioçes^ par les Sénégalais, qu'à ramusemeât. Tandis que nous consiicléFons la concision /comme un des grands m^tes de ces aortes de oompositLons, les nègres s y laissent aller yolonders à la pro- ]ixâé« Dans le prolQgM.e de ce recudl^ je décris avec exactitude une scène de ftbultsCe au Sénégal. Le conteur attire ordinairement un nombreux auditoire; il ne pégUge xien pour occuper l'attention, pour amuser; tant qu'il Toit qu'on l'écoute avec plaisir , il s'évertue à prc^onger le récîit, ce qui lui est &cile, parce qu'il imiurovise en prose. Les vers ne sont pas connue en ouok>f ; cependant ce langage prend parfois quelque chose de soigné, de cadencé, qui sent la poésie.
Lo nègre conteur de fâblea aime â i 'I iiire lei mtees pensées , à Kpéter le« n • tpreision»; ce genre d'ornemeot faïaSt '■• luture , puifqu'U eat familier à «»»* pouples nouveaux, à toutes le» langues * '■I littérature n'est pas encore formée. Orm ^"^ t'mte beaucoup d'exemples dans le» pi"» »«»- «ien» auteurs , notamment dans la B*l« ^* ''ans Homère.
triiez les fabulistes sénégalais , le réàt <«•* toujours accompagné de mouvemeos et J« gestes imitatifa. Quelquefois il s'y mêle de* «hauts adroitement introduits et qui fon« '^T>s avec le sujet. On en verra des exemple» •*""* l«w faW« 6 et 8, fe Z^«(p er ^a Go^eWe.
'^^''^Vçttiwia faire Tabaski.
** ^«Wes des nèeres diffèrent encore des •"1"^« en
' *** que les premiers n'ont pas
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Inoralités exprimées positivement, ni même souvent d'intentions morales adroitement sous-entendues , comme notre La Fontaine en a fourni de si heureux modèles; Du reste , .il ne &ut pas trop s*en étonner; Phèdre est quelquefois dans le même cas, et les Métamorphoses d'Ovide en offirent aussi des exemples continuels. Ce n'est pas cependant qu'il ne soit presque toujours facile à un esprit exercé de déduire une morale des faits racontés; mais le» nègres paraissent n'y pas penser, et cette manière de voir leur est totalement étrangère. Je demandais un jour à l'un d'eux, après lui avoir expliqué ce que nous entendons par morale des febles, quel était , suivant lui , le sens moral de la fable 3 , le Lapin qui se reifét de la peau (Tune Gazelle : C'est, me répondit -il après y avoir réfléchi
I^MÉFACC.
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/ *,h^h^héihhêi Au Im Iktile^ Cet ^^/M /^iIUmmMm«| quoniaitdi ^///l //^ /|4^ ^m v»ui| »ttHr«nt la Hf¥f''4i^M9', On (tn pmit condnre ttii9i*Mmè lii^fiéUHtiHi , (Uni nos litté
^ / / hum mtUh ifmmi oi'(sii(iill«u»«, beaucoup de gens illechh un lH^H\tm\ jini KiMuirfi une réponse si raisonnée. CombieD im in\i^ \\\ ^m f|ul Id iiharma Je La Fontaine a été. et «en lttii\ftunt pHnUt\ f|ill ne (Mtmprennent rien ni à ses fables, ni
* f*««» Htufn\n\ Vs n'est pas une histoire hors des liaoîtes âa *'^*l f|NK Ml« <1« ite lallleur allemand qui, après avoir débité
* M WMfilArM lu faillit (ji, (kirbeau et du Renard, disait que " ^« mftr$l0 U y^ 4^nf, hfromdehe, «
explicitement k morale des fables. Sans cette précaution, oa serait effrayé, comme jeTai souvent été, des conséquences funestes que des esprits peu droits , abandonnés à leurs propres interprétations , pourraient tirer àt& meilleures leçons; de sagesse qu'ait voulu donner La Fontaine , dans toute la simplicité de son caract^e.
Les nègres attacheraient plutôt à leur» fables un sens satirique que moral; dles sont quelquefois pour eux ce qu'était oiiginaire* ment la camédie pour les Grecs, CesC trèscertainemenl^ une des causes du plaisir qu'ils 7 trouvent. Considéré de cette manière, l'apologue doit d autant plus convenir aux hommes, qu'ils sont dans un état de dépendance et d*avffîssement; c'est alors en même temps un sujet de consolation et d'amusement; c'est même un petit moyen de vengeance , sorte
4a ^4ê4^itdtii0t^ nue les misénUes n ^4^ m^nu% nuât Utê dieux. Ausn , àam ^/MAf méétfiuUm que nous aTons de la ^/^ ; êei 4i^f^f^ (uij ouvrages qu'on lui * y^/foh^'f^mê HU49 ce fabuliste eut Inea pliai t^^/*é^ Uni ilaffiuser et surtout de
i^4M UUét d'instruire par les £ad»les, <^ ^4^màtiUni^ t$i par d'autres com t^^^^^êMhi IUt^i'ttir«», était étrangère aux îo- 4è¥i44é4 ^wi, dan« les temps très-anôens, se ^m% lirr^ k tit$n sortes de travaux. Ils ont ¥m4t$ (HslKt, s« faire admirer, ou donner f'^m k Uiur esprit iatirique , en suivant F^iw «sn« y songer un penchant naturel ^ muv humain, le dësir de se placer hors
'* "»''* ^««nmune. Aussi , chez tous les P««PW», las premiers fabulistes, comme les 1-^-m contours et comédiens, nW été
({ue des farceurs, des jongleurs, des griots, des amuseurs de gens. C'est seulement plus tard que des hommes distingués par leur mérite , et par l'estime d'eux-mêmes , ayant formé et dominé la littérature , ont imaginé de l'ennoblir et de s'ériger en précepteurs du genre humain. Loin de moi la pensée de contester l'influence favorable des lettres sur les progrès de la civilisation, sur le perfectionnement des esprits ; mais j'avoue que je ne suis pas encore parvenu à me persuader tout-à-£iit que le théâtre soit une école de mœurs , et que les fables soient des leçons de sagesse. Je n'ai guère vu que Molière et La Fontaine, qui ont fait et feront les délices de tous les hommes sensibles et éclairés, aient corrigé le pervers , pu formé l'honnête homme. Ne serait-ce pas là de ces exagérations philosophiques et d'amour-propre litté-
i^ FREFACE.