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Le canari de Joal est , dans ce genre » la terreur de tout le pays. Ce canari est une espèce de vase placé au pied d'un arbra consacre par la superstition , près du village de Joal {^), Ceux qui ont éli voles demandent au canari une vengeance mystérieuse contre le voleur inconnu ; c'est ce qu'on appelle mettre quelqu'un dans le canari; ordinairement le coupable est tellement effrayé que des restitutions s'opèrent. Cette manière d'administrer la justice a bien son avantage.
(*) On appelle Joal, tt dans le pays Ghioal, nn grand village sur la côte d^ Afrique , i douze lieues enriron de Corée. Les Portogais et les Français y ont eu successivement un comptoir, abandonné depuis Uabolition de la traite des nègres. Une partie de la population prétend descendre des Portugais et n*avoir pas renoncé à la religion chrétienne ; du reste ces gens, pour la couleur, pour le langage, pour le costume, pont les mœurs , ne diffèrent en rien des antres habitans. Ce •était un point de départ fort intéressant pour des mission- Bsires qui voudraient tenter d'introduire le Christianisme dans cette partie de 1* Afrique. Mais que de douceur , que de simplicité, que de renonciation aux habitudes du monde, quelle abnégation absolue de soi-même , n'exigerait pas une sembla- Ue entreprise ! Il faudrait des anachorètes du désert, des pères ^e la Thébaîde, couchant sur la dure, vivant de graines crues, de racines et d'eau, n'ayant nul espoir de retour en £arope.
Maïs OD abuse de tout. Met-oo dans ie canari un individu dont on croit avoir à se plaindre? aussitôt la famille est dans la désolation et dans des transes affreuses , chacun s'attend qu'elle sera' frappc^e de qnel-. que grande calamitë; et en effet, dans ce cas, les morts subites ne sont pas rares ; ce qui a fait penser que les marabouts, pour accréditer leurs pratiques superstitieuses, emploient quelquefois le poison. Il est bien clair que pour mettre quelqu'un dans le canari, il faut payer le prêtre; il faut en outre , comme ils disent , nourrir ie canari pendant neuf jours. De son coté , la victime désignée , si elle se croit irréprochable, est admise à mettre, aux mêmes conditions, son adversaire dans le canari. Alprs les marabouts reçoivent des deux mains , et rafikire finit ordinairement par s'arranger.
J'ai voulu voir ce redoutable canari, qui n'est pas seulement une superstition, mais qui est devenu, pour le pays , une espèce d'institution fort curieuse ; elle a de commun avec tant d'autres, qu'il est difficile de dire si l'abus criminel qu'on en fait , ne compense pas au moins le bien qu'elle peut produire.
(6) Des Gris-Gris pour le feu, pour l'eau, pour les richesses.
On fait, on. vend des amulettes contre toute espèce d'accidéns , et pour préserver les différentes parties
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do corps. Autant la sottise et la crëdulitë des hommes peuvent prendre de nuances yariëes, autant la basse avidité, la vile supercherie ont imagine de moyens pour les satisfaire. La corruption se tient exactement au niveau de l'ignorance , et Ton ne rencontre guère un imbécile sans trouver tout auprès uq fripon. Si je vois une superstition , je ne cherche ordinairement pas loin pour découvrir à qui elle profite.
(7) Le Lierre aaosi Tint chercher un Gris-Gris.
Ce qui précède est un préambule à-peu-près étranger aux nègres , comme le sens l'indique assez. On trouverait peu de Sénégalais disposés à plaisanter ainsi mr les gris-gris. Les préjugés d'enfance font que les hommes craignent souvent même encore ce qu'ils ont déjà cessé de croire. La fable ouolofe commence seulement ici. Je n'ai pas besoin d'ajouter que le dernier ?ers y en forme de conséquence morale , est également étranger aux Sénégalais ; ciUque suum.