LE LION, LE SERPENT, LA PANTHÈRE ET LA CIGALE
Un Lion, un Serpent, avec une Panthère,
Résidaient dans un même fort.
De cet effroyable repaire Planaient sur le canton la terreur et la mort.
Les animaux étaient d'accord Qu'il fallait à tout prix tâcher de s'en défaire ;
Mais par quel moyen ? Le plus fort
N'y pensait qu'avec épouvante.
La Cigale leur dît : « Moi , je puis , je m'en vante ,
Vous délivrer sans grand effort. »
Chacun lui rit au nez et l'on se moque d'elle. £lle part, cependant, et parvient, vers le soir,
SENEGALAISES. 161
Jusqu'au seigneurial manoir.
Nos triumvire , rêvant quelque fureur nouvelle (i), Y digéraient couchés, l'un de l'autre ombrageux.
La Cigale s'approche d'eux ,
Gratte le sol à sa manière,
Et fait jaillir des grains de terre Sur le nez du Lion et jusque dans ses yeux.
Le Lion , qui n'est pas animal débonnaire ,
Cherchant en vain son adversaire ,
Se bat les flancs, entre en colère Et lance à ses voisins un coup-d'œil furieux. Panthères n'aiment pas qu'on les regarde en face (a). La nôtre s'épouvante et croit qu'on la menace;
Elle se jette avec audace
Au-devant des coups du Lion.
Celui-ci la terrasse, et la laisse expirante
Près de leur caverne sanglante.
Mais dans le feu de l'action
Sa grifFe, par mésaventiu>e , Blesse mortellement le reptile qui dort.
Le Serpent blessé siffle, il se redresse, il jure, Sur le Lion vainqueur il s'élance , il le mord.
Quand le soleil revint éclairer la nature, Le triumvirat était mort.
Les méchans vous font la guerre I Ils sont forts 9 ils sont nombreux!
l>i\TM«4es, qu'ils se battent entre eux; Plus y alors, laissez>les faire.
SENEGALAISES. 163