PROLOGUE
l'Ésope afriga^in.
La voile au long du mât retombait mollement; Zéphyr dormait; la rame était sans mouvement; Dans un calme profond, sur un fleuve d'Afrique (*), Ma barque reposait au déclin d'un beau jour (i). C'était quand le- soleil, s'éloignant du tropique (2), Dans les cieux embrasés signale son retour,
{*) Le Sénégal.
Quand lancés du zénith ses feux brûlent la terre. Sous le poids accablant d'une lourde atmosphère y Tout languissait au loin dans un morne repos. Mais le soir soufHe enfin d'une haleine légère, Et ma barque docile a glissé sur les eaux.
La nature s'anime , et déjà les oiseaux
S'agitent avec le feuillage ; D'animaux altérés se peuple le rivage, Et les poissons joyeux s'élancent sur les flots.
Déjà, de village en village.
J'entends battre les tambourins ;
J'entends les claquemens de mains (3)
Animer la danse sauvage
Et les concerts des Africains.
La nuit mieux que le jour à leurs plaisirs se prèle; Les nuits sont en Afrique autant de jours de fête (4) !
Je débarque au village, et l'hospitalité M'accueille , me sourit d'un air plein de bonté (5). Les filles, en chantant, se livrent à la danse; Leurs mouvemens lascifs sont pleins de volupté ; Souvent, s'ils choquent la décence (6),
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C'est moins par impudeur (pie par naïveté.
Éclairés d'un grand feu , les hommes , à côté , Assis, couchés en rond, causent avec gaîté.
Celui-ci , faiseur de chronique , Conte une anecdote d'amour; L'autre fait de la politique (7) Et dit la nouvelle du jour.
L'un parle de chasse ou de guerre; Le vieillard vante aux jeunes gens Le temps passé , le bon vieux temps.
Le Marabout, d'un air austère.
Roulant son chapelet, fait valoir ses gris-gris (8); Il débite d'un saint la légende admirable ;
Puis il entretient les esprits Dans la sainte frayeur des sorciers et du diable (9). Le voyageur , dans ses récits , Mêlant , suivant un vieil usage , Le mensonge à la vérité.
Abuse trop souvent de la crédulité.
Mais quel singulier personnage Mtire k \\j^ tout seul la curiosité ?
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Ou regimber le Dromadaire (la), Ou chanter la Gazelle ou danser TÉléphant.
Moi, je t'illustrerai jusque dans notre Europe. Quel est ton nom? — Demba, — jD^mda/ dans mes écrits; Ton nom sera placé près de celui d'Ésope !
Si tes fables , si mes récits
Peuvent nous sauver des abîmes
Et du bourbier de THélicon,
C'est par toi que vivront mes rimes ; Mes vers reconnaissans protégeront ton nom.
Z^OTES DU KiOLOGCE
a. àssîin: £^ul ^hbc jour.
At ùtsui'in flB VC9L âf «usia» T^Ba
«s ^BoariiliiMinn i iiiTi On
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et vulgaire du mouvement apparent de cet astre ) ; il y repasse de nouveau pour, retourner à Tëquateur, c:e qui a lieu vers la fin de juillet. C'est alors que se manifestent, dans cette contrée, la plus forte chaleur et des pluies abondantes, qui sont ordinairement suivies de calmes profonds.
(3) Teatends les claquemens de mains.
Lorsque les Séuëgalaîs chantent, lorsqu'ils font de la musique, lorsqu'ils dansent, l'usage est que les femmes exécutent une espèce d'accompagnement et battent la mesure , en frappant ensemble dans leurs mains. «
(4) Les noits sont en Afrique autant de jourA de fête.
Cette expression , qu'on jugera peut-être hasardëe, m'a paru donner une exacte idée de l'habitude qu'ont les nègi*es de faire de la nuit le jour pour leurs divertissemens. En effet, sans doute parce que la température est plus agréable après le coucher du soleil, et permet mieux de se livrer à la gaîté , les nègres dorment vers le milieu de la journée , et prolongent souvent leurs veillées très-avant dans la nuit. C'est surtout au clair de la lune qu'ils se plaisent à faire la conversation , à chanter, à danser jusqu'au matin ;
le bruit de Icors tam-tam, espèce de lamboi»»-^ «« leurs Uttemeiis de nfliyis, s'entendent sonwent «l'an ▼illage à r autre, et c'est un sojet tf excitation d»««tuelle. Le voyageur, qui nargue la nuit sur le llcu»y« , étonne de ces signes continneb d'aHégresse , ima^a J»« toujours que c'est fête ; mais cette «te se renou^^H^ chaque soir. En général les Sénégalais sont gaas^ légers ; ils aiment beaucoup le plaisir : on pourrait: les appeler les Français de TAlrique.
(5) M'accMâk , ne sourit dTam air plein de bonté.
L'ImapitaKté est dam le caiMtère de» nègres dn n^al ; mai» les préceptes de U religion de MahflMt ont encore fortifié les dispositions natorelles qn'ik ont à la pratique de cette vertu. Ces homnaeis , généralement bons, ont un air riant, et lenr abord esE agréable.
(6) Soaxent , s'ils choqaeat la décence.
La àamem des négresses est de la pivs grande £lles foraacnt un cercle et maïqncnt la par lin moBvcment dn bant dn covps en atant et par on eiaqncmeBt de iiiir Cbncnne dTclIcs cpùtte sa place à son Imur, et snnie au milirn dncade eUe y prend des attitudes si teci^cs, si Ivfariqucs,
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fea'il ne serait pas possible de les décrire. Ce spectacle ETOssier a quelque chose qui répugne ; les sens même eo sont peu émus ; c'est qu'ils ne peuvent l'être fortement que par les prestiges de l'imagination , ou par les douces séductions du cœur, et qu'un pareil spectacle ne parle ni au cœur ni à l'imagination. Il est 'vrai que les négresses ne paraissent pas y mettre toujours les intentions dépravées qu'on pourrait supposer ; c'est comme une habitude très-ancienne, qui se conserve en qiielque sorte innocemment dans le pays; tellement qu'on voit des enfans de six ans exécuter cette danse, certainement sans savoir à quoi eHe se rapporte.
Les deux sexes ne se mêlent jamais pour danser. Les hommes se livrent moins que les femmes à cet exercice. Leurs mouvemens sont brusques , animés ; ils imitent quelquefois les combats, quelquefois l'ivresse on la folie ; ils sont bizarres , mais ils n'ont rien de gracieux ni d'agréable.
(7) L^autre fait de la politique.
On ne croirait pas combien les nègres s'occupent des affaires publiques, non-seulement de celles de lew pays , mais encore de celles des peuplades voisines. C'est le sujet le plus ordinaire de leurs longues conversations.
Ott appelle euouBuaéMBt manUtoau Jcs Mabo ■MCa» qui rempliab««â, «vec queiqQe exacUtude I» pratiipie» Je leur culte, qui nèneot une vie re U^eiiM ef en quelque aorte consacrée à Oiea. Ce ■oflt «st one corrupcû» de cdoi qo*oo leor donne eo arabe y marebeuit^
Soit par ile^otio». aoît par kjpocrisie, soû par siapie habiiiAJe^ les aaralHMts tieaocnt presque cooatettflKai À la maim «a cfcip ehf , qii*ib lodeot eoire leurs doi^ ^ nenr «a parlwC des choses les plus
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que doivent le comporter Favidité des vendeurs et la crëdalité des acheteurs. Les nègres ont dans ces amulettes une confiance extrême ; et tel est leur aveuglement, qu'on a vu des fanatiques se frapper euxmêmes de leur poignard , pour montrer qu'ils étaient invulnérables ; le sang qui sortait de leurs blessures suffisait à peine pour dissiper leur illusion. « Mon grisgris ëtait mal fait, disaient-ils rj'en achèterai un autre d'un meilleur marabout. »
Le brak, ou roi de Walo, possède une si grande quantité àegris'grisy que lorsqu'il marche à la guerre, indépendamment des paquets qu'il en a sur lui , et qui lui composent une véritable cuirasse , il est suivi d'un dromadaire qui en est entièrement chargé.
(9) De la sainte frayeur des sorciers et du diable.
Les Sénégalais croient aux sorciers. Des individus plus adroits que les autres , ou qui ont surpris quelque vertu secrète des végétaux , comme il arrive dans nos campagnes de France , imposent sous ce titre uu tribut à la faiblesse, à la crédulité des femmes, et de
Bon nombre d*hommes qni sont femmes.
La croyance en la sorcellerie est tellement répandue dans toute cette partie de l'Afrique, que les peines les
plus graves y sont prononcées , comme jadis lesn France » contre les prétendus sorciers. Ib étaient précédemment condamnés à Tesclavage et vendus aux Européens ; leurs biens éiaient confisqués: aussi les sorciers étaôeat alors très-communs sur les bords du Sénégal ; c'était, pour la traite des noirs et pour le trésor des princes , la source la plus abondante. Il suffisait qu'un courtisan ou un ennemi dénonçât im individu, pour qu'il fût enlevé, souvent avec toute sa famille, et Uvré aux négriers. Depuis que la traite est prohibée , on remarque que les sorciers sont devenus extrêmement rares ; qu'en ferait le rot du pays ? ils sont démonéêisés.
Les nègres auraient trop de moti£i pour être fiers de leur supériorité, s'ils ne croyaient pas aux apparitions du diable et à sa funeste intervention dans les affaires de ce monde. 'Aussi partagent-ils cette faiblesse générale, comme pour montrer encore, s'il en était besoin , qu'ils appartiennent bien à l'espèce humaine. Leur diable est cornu ; fourchu , hideux , c'est de rigueur ; mais il est blanc : par pari refertur.
(lo) L'auditoire, avec lui, chante, s'émeut ou rit.
La gaieté des Sénégalais est très-oommunicative. Il est remai'quable qu'assez souvent leurs fables
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sont mêlëes de chansons. Comme ces nègresrsont naturellement joyeux, ils prêtent les mêmes babiludes aux animaux qu'ils mettent en scène. Lorsqu'un chant ou un refrain revient plusieurs fois dans une fable , ce qui est très-ordinaire, l'auditoire le rëpète avec le conteur ; c'est ce qui avait lieu pour nos anciens vaudeville.
(zi) C'est rÉsope alricaÎB, c'est un conteur de fables.
Au Sénégal, comme en Europe,, les bossus sont généralement grands parleurs , conteurs ingénieux et plaisants.
Mon Ésope africain n'est pas tout-à-fait une fiction. Parmi les conteurs de fables j'en ai remarqué plusieurs qui étaient bossus, quoique ce vice d'organisation soit assez rare dans le pays.
(la) On regimber le Dromadaire.
Le mot regimber i«it allusion à la fable IX, le Dromadaire, le Chien et le Crabe,
44* FaI.
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