FABLE XXVII
Un jour le gardien du muse'e Commença par Bacchus et finit par Morphée.
Alors les animaux, profitant du moment.
Entrèrent dans le monument.
L’âne dit qu’ Apollon était trop court d’oreilles ,
Du reste beau garçon ;
Mais l’âne les voulait , pour plus d’une raison ,
Aux siennes en tout point pareilles.
Moi , je dis qu’ Apollon a le nez par trop court ,
Dit le héron , et puis , dit la taupe en colère ,
Il a les yeux plus grands qu’une porte cochère.
Pour le maintien , dit l’ours , il est droit comme un mât;
J’aimerais qu’il se balançât.
Et moi je lui voudrais , dit l’oiseau de Minerve ,
Des cornes sur la tête , en symbole de verve.
Ah ! mais , mauvais , mauvais , mauvais ,
Crièrent tous les perroquets :
L’homme a beau dire en admirant cette ombre ,
C’est parlant , c’est parlant dans un aussi grand nombre. Mes bons amis , vous voyez bien Que ces gens la ne disent rien.
— Sa chevelure est trop vilaine ;
C’est bas-relief de fontaine.
Il faut , dit le hérisson ,
Et vous entendez ma raison ,
Que chaque mèche soit dressée ;
Que les cheveux du dieu regardent l’empirée.
Une guenon ne disait rien -,
Chacun alors lui fait reproche.
Modestement elle s’approche Et dit : au sentiment je juge qu’il est bien.
Je cite leurs propos ; en somme Je ne ferai pas parler l’homme :
Mais chacun fait ainsi , par mille vanités ,
De ses défauts des qualités.
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