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FABLE XXXIII

Le plus joli martin-pêcheur de France Au bord d’un clair ruisseau.

Se mirait avec complaisance ,

En s’écriant: « Que je suis beau !

» Le paon ne m’est pas comparable ;

» C’est un oiseau de poulailler ;

» Aussitôt qu’on l’entend brailler , i) On ne le trouve plus aimable.

» Quand Narcisse embrassait son liquide miroir , » Il avait moins que moi du plaisir à se voir* »

Il se disait ces gentillesses ;

Il caressait sa vanité ,

Pendant qu’armés de toutes pièces ,

Jaloux admirateurs de sa rare beauté ,

Un ëcolier couche sur l’herbe ,

'Un grand naturaliste assis sur une gerbe ,

Un marchand avec des gluaux ,

Un garde embuscade derrière des roseaux , Poursuivaient l’oiseau , pour en faire Chacun selon son ministère.

L’un devait l’embaumer ,

L’autre devait le vendre ,

L’autre voulait le prendre Pour le montrer vivant et le faire enfermer :

Il ne put l’échappei’ ; son affaire fut faite ,

Pendant qu’il faisait sa toilette.

« Je ne suis pas le seul , dit-il dans sa douleur ,

» Dont la beauté fit le malheur.

» Écoutez, jeunes demoiselles ,

« Qui faites tout pour être belles :

» Apprenez qu’il est dangereux » D’attirer sur soi tous les yeux.

» Yous ne voyez jamais que l’oeil qui vous admire ;

» Mais il en est sur deux toujours un qui conspire. »

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