FABLE XLII
Un homme est arrêté par la gendarmerie Dans un rassemblement; sa démarche hardie,
Ses propos sans respect ,
Aux regards de l’archer l’avaient rendu suspect ; L’homme , chez le préfet , se lève et fait un geste }
Le gendarme plus leste ,
Pensant qu’il veut se tirer d’embarras ,
Le saisit par le bras :
On ouvre une prison ; vient plus tard l’audience.
Un avocat, plein d’importance,
INÏommé d’office par la cour ,
Ya mettre, en quatre mots, l’innocence au grand jour.
Ali ! dit-il, j’en ai l’âme attendrie,
L’accusé, ce matin , m’a raconté sa vie ,
Que n’a-t-on entendu sa conversation,
Dans la prison !
Le procureur du roi dit : ce rï’est pas conforme ,
Si j’ai bien entendu
Quand je l’interrogeai, ce qu’il a répondu ,
Il n’est pas ici pour la forme.
Lors l’accusé , dont le’ soulier Se trouvait pressé par la rampe ,
Se lève , pour passer sa crampe ,
Et la cour croit qu’il veut parler.
— Taisez-vous. — L’avocat craint aussi qu’il ne gâte La pâte :
Il lui fait signe; un gros témoin Dit a la cour : je viens de loin ,
Et c’est trop de ce badinage.
Je connais l’accusé, je suis de son village;
— Et bien dites-nous ce qu’il est;
« Monsieur le président, if est sourd et muet. »
Le magistrat prend bien la chose,
Et récite avec gravité :
Ordonnons qu’il sera remis en liberté , S’il n’est tenu pour autre cause.
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