FABLE XLI
Dans un jardin très-sec, un puits intarissable,
Au jardinier infatigable,
Fournissait de l’eau tout le jour ,
Dont il arrosait tour-a-tour La plante , la fleur et l’arbuste ;
Chaque soir épuisait un grand bassin tout juste, C’est-a-dire , plein j usqu’aux bords ;
Beaucoup d’arbres déjà paraissaient presque morts. Un noble peuplier, tout fier de sa stature,
Vantait lui-même le bienfait De l’ombre , dont au loin il couvrait la verdure , Qu’avec orgueil il protégeait;
Ce service important que îendait sa hautesse, Augmentait de beaucoup encore sa noblesse.
Un simple châtaignier,
Portant la tête basse , ainsi qu’un roturier ,
Lui dit : « Seigneur, je puis prétendre » A service plus grand que vous n’en pouvez rendre » C’est de mon bois qu est fait le seau » Dont on se sert pour puiser l’eau.
Et le tilleul, notre confrère,
» Qui , moins que vous se vante ici ,
» N’est pas pour peu dans cette affaire,
» Puisqu’il fournit la corde aussi. »
Les êtres généreux cachent leur obligeance ;
Mais l’indignation rompt partout le silence.
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