FABLE LXVI
Un chasseur, dans la plaine, agitait un miroir ;
Les alouettes pour s’y voir,
Ou mieux, pour se chauffer, accouraient a la ronde Pourtant c’était un bruit comme la fin du monde : Mille coups de fusil ébranlaient les échos ,
Rien n’arrêtait les malheureux oiseaux,
Et de leurs corps criblés la plaine était couverte ;
Tous couraient a leur perte,
Et chacun d’eux, fondant sur ce corps lumineux, Roidissait devant lui tous ses membres frileux.
Une vieille alouette sans queue S’éloignait seule d’une lieue;
Quelqu’un lui demanda raison de cet effroi.
( no)
Elle lui dit, écoutez-moi:
Je fus prise autrefois et mise en esclavage. J’observai tout Paris, au travers de ma cage. Et tout ce qui reluit aujourd’hui me fait peur J’ai vu, victime de l’erreur,
Plus d’un oiseau plumé le payer a l’envie,
Ou de l’honneur ou de la vie.